Hifi Vintage – Enceintes haut de gamme des années 70 (Partie 2)

Comme promis, voici donc la suite de l’article consacré aux enceintes haut de gamme des années vintage. Les six autres marques dont je vais parler maintenant sont : Bose, Kenwood, Marantz, Sansui, Tannoy et Technics. La marque Bose est réputée pour son modèle prémium (la 901) qui n’a cessé d’évoluer depuis sa création, en 1969, jusqu’à nos jours. Je n’en reparlerai pas ici puisque je l’ai déjà évoquée sur EchoRetro dans un article qui lui fut entièrement consacré que vous pourrez lire (si ce n’est déjà fait) en cliquant ici.

Kenwood KL-7090 (1973) :

Kenwood KL-7090 (1973)

Kenwood est une entreprise japonaise d’électronique grand public fondée en 1947 par Kasuga Nirou, et spécialisée dans le matériel de radiocommunication, les autoradios et la hi-fi. La firme nipone fusionna en 2008 avec JVC pour former la holding JVC KENWOOD Corporation. (NB : Il existe une société britanique homonyme présente sur le marché de l’électroménager, il s’agit de Kenwood Appliances appartenant au groupe italien Delonghi qui n’a strictement rien à voir avec la firme que j’évoque ici).

En 1973, le haut de gamme de la marque dans le domaine des enceintes acoustiques était le modèle KL-7090. C’était un modèle assez compliqué dans sa conception puisqu’il était équipé d’un superbe filtre 5 bandes pour 6 haut-parleurs! Le plus gros transducteur étant un boomer de 38 cm dédié à la restitution des basses. En remontant dans le spectre audio, le son est confié à un HP bas médium de 12 cm de diamètres couvrant de 800 hz à 2 Khz, à un HP à pavillon pour les médium de 2 Khz à 5 Khz, puis à deux HP à pavillon multicellulaire plus petits montés en parallèle de 5 à 10 Khz et enfin à un HP équipé d’une grille de diffraction pour les extrêmes aigus. La 7090 n’est pas exempte de défauts, sûrement liés à la complexité du filtre et la distorsion d’intermodulation qu’il induit. On notera deux crêtes autour de 2 et 8 khz et une baisse de sensibilité dans l’extrême grave (en dessous de 80 hz) et dans l’extrême aigu (10 khz) malgré la présence d’un transducteur bien calibré pour la reproduction de chacune de ces fréquences. L’écoute reste cependant très agréable malgré ce manque de linéarité. On notera la présence d’un réglage de tonalité à quatre crans et d’une superbe grille acoustique que les fans de HP 15′ enlèveront avantageusement pour contempler la bête…

Prix en 1973 : 599$

Prix actuel d’occasion : entre 600 et 800$

Marantz HD-88 (1975) :

Cette enceinte haut de gamme de Marantz fut conçue par Ed May, ancien ingénieur de JBL. Elle était équipée de 3 voies et 5 transducteurs : Un boomer de 30 cm à cône épais moulé sous pression, un HP médium lui aussi moulé sous pression “gaufré” de 12 cm avec un énorme aimant, monté dans un compartiment cloisonné pour éliminer toute coloration par le grave. Un tweeter à dôme radial à film polyester linéaire de 4 cm et deux super tweeters à dôme radial à film polyester linéaire de 3  cm. On dispose en face avant de trois potentiomètres réglables soit sur la position linéaire : “Lab Flat”, ou bien sur une position optimisée par Marantz pour l’écoute en living room dite “Room Eq”. Chaque réglage agit respectivement sur les médiums, les aigus ou les super aigus.  A noter la présence d’un plug de réglage des extrêmes graves nommé “Vari-Q Bass”. Ce plug renforce les basses de 3 db entre 50 et 100 hz et les diminue d’autant entre 20 et 50 hz.

La puissance nominale maximale est de 300 watts et la sensibilité de 90 db/1w/1m, ce qui est honnête pour l’époque. Ces grosses enceintes de Marantz ont la capacité de reproduire un son à volume élevé avec une précision cristalline. Des basses ultra-rapides, précises et claires, des médiums très détaillés et des aigus très propres sans stridence ni sur-coloration tout cela sans distorsion audible.

Une paire de SD88 se négocie entre 600 et 800 euros selon l’état. Avant de les acheter d’occasion, il faudra vérifier que les transducteurs sont bien d’origine, surtout les boomers dont les suspensions s’abîment avec le temps…

Sansui SPX-8000 (1978) :

Une enceinte peu commune : pensez donc, une 4 voies de 6 HPs ayant une sensibilité de 98 db/1w/1m, pourvue d’un boomer de 40,6 cm (16 pouces, ce n’est pas courant!), de deux médiums de 13 cm, d’un tweeter équipé d’un pavillon 15,4×5 cm montée verticalement et de deux super-tweeters de 4,5 cm, le tout dans une caisse de 44,9×66,7×28 cm dépassant à peine 20 kg! La face avant est équipée d’un sélecteur de trois ambiances sonores (Soft, Natural et Clear).

L’écoute est surprenante par la qualité de texture de chaque registre sonore. Les mauvaises langues diront qu’elle manque de basse mais c’est faux! J’ai été étonné par leur son, alors que je visitais un troc Toulousain qui en était équipé pour sonoriser son magasin, à la fin des années 90. Le son était tellement exceptionnel que j’ai demandé au patron s’il ne les vendait pas. Il m’a répondu qu’il les avait depuis 20 ans et qu’il comptait bien les garder 20 ans de plus. Je pense d’ailleurs qu’il les possède encore… Esthétiquement, elles ressemblent un peu aux Kenwood KL-7090, surtout sans les grilles acoustiques. Elle sont très rares, surtout avec une caisse en bon état pourvue des HP d’origine. Si vous avez la chance d’en dégoter, 600 $ serait un bon prix en provenance des USA, mais elle peuvent monter plus haut, parfois jusqu’à 1000 Euros depuis l’Allemagne.

Tannoy Arden (1976) :

Sorties au milieu des années 70, les Tannoy Arden se présentent dans un boitier en bois assez imposant d’une contenance de 240 litres (99x66x37cm). Le  Haut-parleur est un 15 pouces concentrique Tannoy HPD 385A équipé d’un aimant alnico et d’une compression 2″ pour le tweeter. L’originalité du procédé réside dans le fait que la membrane du boomer prolonge la courbe d’expansion du pavillon d’aigu. Ces derniers sont réglable grâce à deux potentiomètres depuis la face avant : le HP coaxial est filtré comme une deux voies sur la fréquence de 1 khz. Le premier potar gère le “Roll Of” et affecte la courbe de réponse des aigus au delà de 5 khz en la diminuant selon trois paliers de -5 db chacun. L’autre agit sur sur l’entièreté des aigus soit en les bonifiant de 1 à 2 db soit en faisant le contraire. La neutralité peut-être gradée en sélectionnant le cran “Level”.

Le rendement de l’enceinte est plutôt sympathique pour l’époque (90db). L’écoute est très agréable puisque grâce au HP coaxial, la continuité entre grave, médium et aigu est optimisée et exempte d’important accident dans la courbe de réponse ; de même, le son émanant depuis un cercle de 38 cm, il est plus cohérant que sur une enceinte normale, sans nuire aucunement à la spatialisation. Le grave est sobre et rapide, la compression 2″ est un peu trop généreuse dans le médium, mais ce dernier sera avantageusement calmé grâce aux réglages disponibles. Les aigus sont ciselés et cohérents. Les Tannoy Arden ne nécessitent pas de super-tweeters, à moins que vous soyez équipés de super-oreilles sensibles au delà de 20 khz!

Une paire en bon état se négocie à partir de 2000 Euros, mais Tannoy commercialise des répliques neuves (les Tannoy Legacy Arden) pour 7800 Euros.

Technics SB-10000 (1978) :

Finissons dans la démesure avec ces monstres de 140 kg que Technics utilisait souvent lors de démos pour ses séminaires annuels. Des dimension conséquentes (1115 x 1200 x 705mm), 3 voies, 200 Watts, 95 db/1w/1m, le ton est donné d’emblé. L’esthétique elle aussi est étonnante pour l’époque et rappelle un peu ce qui se faisait en discothèque bien que les lignes de la belle soient beaucoup plus sexy. Le développement de la SB-10000 a été lancé et affiné selon un système imparable : les éprouver en live pour pouvoir comparer en direct le message original et celui qui est reproduit.

Les Haut-parleurs :

Le EAS-35HD04SA : Derrière le plus petit pavillon, en haut du château se trouve un tweeter de 3,5 cm en Bore ; son diaphragme est moulé d’une seule pièce, bords compris, pour de meilleures caractéristiques transitoires. Selon Technics, le bore est le métal qui a la meilleure vitesse de conduction du son. Bien que les propres graphiques de réponse de Technics montrent une forte baisse après 22 kHz, la réponse en fréquence s’étendrait jusqu’à 36 kHz…

Le EAS-10HM03-N : Le haut-parleur médium est un 10 cm monté lui aussi sur pavillon ; une partie de la gorge de dispersion est incluse dans la structure du conducteur pour augmenter la stabilité mécanique ; la forme de la corne permet une dispersion verticale du son sur 150°. Une prise de phase verticale divise partiellement le pavillon en deux, faisant environ un tiers de la profondeur de la courbe exponentielle.

Le EAS-46PL01S : Le boomer est un 46cm placé dans un coffret bass reflex constituée de parois de 3 cm d’épaisseur avec de multiples renforts à l’intérieur, c’est à dire un amortissement en mousse complété d’un revêtement en caoutchouc butyle, même sur le dessus des vis.

Les pavillons sont en aluminium moulé sous pression recouvert de caoutchouc butyle afin de ne pas trop interagir avec les vibrations et les résonances engendrées par les HPs. Le filtre passif peut se déconnecter pour permettre une tri-amplification, les connexions étant situées en haut de l’enceinte, juste derrière la section du pavillon médian ; il est constitué de bobines à faible perte et condensateurs haut de gamme à film métallique. Les trois haut-parleurs ont apparemment été développés spécifiquement pour le SB-10000.

Quand on les trouve, et ce n’est pas fréquent, c’est aux U.S.A. ou au Japon, et il faudra s’alléger à minima de 6500$ pour les acquérir, sans compter le port, et les frais de douane…

Hifi Vintage – Enceintes haut de gamme des années 70 (Partie 1)

Dans la chaîne d’éléments qui permet la bonne restitution du son, il en est un qui est décisif tant par la nécessaire qualité de ses composants que par sa disposition opportunément appropriée à la pièce d’écoute : il s’agit bien sûr de l’enceinte acoustique. Les années 60 furent importante dans la Haute Fidélité car elles virent apparaître les plus belles réalisations techniques, notamment dans le domaine des transducteurs hors norme. Cet “âge d’or” atteignit son apogée au milieu des années 60 grâce à la firme américaine Electro-Voice qui réalisa la célèbre Patrician 800 connue pour la taille démesurée de son Haut parleur de grave (76 cm de diamètre!) (Voir l’article ci-dessous). Cependant, alors que les années 70 pointaient le bout du nez, de grandes firmes manufacturant du matériel audio à plus grande échelle popularisèrent la hifi haut de gamme en la rendant plus abordable. Nous allons évoquer ici sur plusieurs articles les plus emblématiques telles Electro-Voice, Altec, B&W, Intinity, JBL, Bose, Kenwood, Marantz, Sansui, Tannoy et Technics.

Illustration tête de page : JBL Paragon.

Ci-dessous : Article sur l’EV Patrician 800, écrit par Patrick Vercher extrait de la revue L’Audiophile N°4  (Avril-Mai 1989).

Un peu de technique :

Tout d’abord, quelques explications techniques sur les haut-parleurs et leur agencement dans l’enceinte. Le haut-parleur est un transducteur électroacoustique conçu pour engendrer des ondes sonores dans un espace déterminé. Les haut-parleurs sont la plupart du temps électrodynamiques (l’élément vibrant se réduit à un conducteur enroulé pour constituer une bobine qui est maintenue dans l’entrefer d’un circuit magnétique). Ils peuvent être aussi électrostatiques (l’élément vibrant est une armature mobile de condensateur), piezoélectriques (les vibrations d’un cristal piezoélectrique, soumis à une différence de potentiel alternative correspondant aux sons à reproduire sont transmises à une membrane) ou encore à ruban (c’est un haut parleur électrodynamique dont le conducteur est un ruban plat tendu dans un champ magnétique transversal qui vibre lorsqu’il est traversé par le courant de modulation). On notera que le HP piezoélectrique est peu utilisé en hifi et que le HP à ruban n’est utilisé que dans les aigus, sur des systèmes haut de gamme.

Pour obtenir une reproduction fidèle des signaux sonores, il est possible de grouper plusieurs haut-parleurs caractérisés par des fréquences différentes. Ainsi, un ou plusieurs HP électrodynamiques de diamètres différents, qui permettent de reproduire fidèlement les sons graves et les médiums, peuvent être associés à plusieurs HP pour sons aigus. Des filtres composés de self, condensateurs et résistances sont alors prévus pour séparer les signaux électriques qui doivent parvenir aux différent HP (en filtrage passif, la pente de filtrage va de 6 db/octave à 18 db/octave). L’alignement de plusieurs haut-parleurs dans une enceinte acoustique permet d’obtenir une ensemble directif. Pour éviter le rayonnement par la partie arrière et le risque d’interférence avec le son rayonné par la face avant, les HP sont placés dans une enceinte acoustique de forme plus ou moins complexe. Certaines enceintes sont totalement fermées et un tapissage intérieur absorbant permet de supprimer l’onde arrière (enceintes closes). L’onde arrière peut aussi être partiellement utilisée par une ouverture ou un évent (enceintes bass reflex). L’évent peut se prolonger en conduit accordé interne, parfois replié en labyrinthe complexe pour diminuer l’encombrement. Il est également possible d’utiliser le volume d’air contenu dans l’enceinte pour réaliser un couplage pneumatique entre le haut-parleur et un radiateur passif placé dans le même plan frontal.

Une bonne enceinte acoustique doit avoir une courbe de réponse linéaire (50 à 20.000 hz dans un range de +/- 3 db), une bonne sensibilité (minimum 90 db/1w/1m). Elle doit être dotée d’un boomer conséquent (minimum 20 cm, 30 cm ou même 38 cm recommandé). La puissance maximale admissible doit être au minimum égale à celle de l’amplificateur qui la drive.

Altec : Je ne vais pas évoquer ici la fameuse Model 19 puisque je l’ai déjà fait par le passé, mais la Seventeen (Model 17) qui se trouvait juste en dessous dans la gamme.

Altec Model 17 (1978) :

Dotée de la dernière version de haut-parleurs équipant les moniteurs de studio Altec 604 déjà largement éprouvée, le modèle Seventeen offrait à l’auditeur une qualité d’écoute audiophile. Le système de haut-parleurs des Seventeen comprend un tandem composé d’un haut-parleur de graves de 38 cm et d’un driver équipé d’un pavillon monté de manière coaxiale ; leur combinaison est calculée pour produire des basses solide, des médiums transparents et une réponse scintillante dans les hautes fréquences, l’ensemble étant quasiment linéaire de 30 Hz à 20 kHz.

Ce système d’aigus est le résultat de recherches avancées sur les matériaux et les techniques de production qui ont permis de développer un nouvel ensemble de diaphragme léger pour les hautes fréquences audio. De plus, le format coaxial des HP offre une source de son unique pour toutes les fréquences, ce qui se traduit par le nec plus ultra en termes de mise en phase précise et d’imagerie stéréo. Le filtre passif des Seventeen comprend un passe-bas de 12 dB/octave et un passe-haut de 18 dB/octave qui ajoute à la réponse améliorée une augmentation de la capacité de puissance du système tout en limitant la distorsion à un niveau minimum dans les médiums.

Développé spécifiquement pour les applications professionnelles de monitoring de studio, le coffret des Seventeen est rigidifié et renforcé pour fonctionner comme une seule cavité inerte. Le volume interne est d’environ 250 litres et l’évent est réglé pour une qualité tonale optimale. Le boitier est finement ouvragée en chêne de qualité poncé à la main avec des huiles naturelles pures. La grille acoustique amovible est parée de tissu acoustique marron cacao, encadrée de chêne massif.

Prix d’occasion : à partir de 5000$

Bower & Wilkins 802F (1979) :

Depuis sa création en 1966, Bowers and Wilkins s’est révélé être l’un des grands fabricants d’enceintes innovants de Grande-Bretagne. La firme est rapidement devenue célèbre pour ses produits technologiquement intéressants, repoussant les frontières du design. Cette créativité s’est cristallisée en 1970 avec l’avènement de la DM70. Arborant un certain nombre d’idées radicales : nous étions en présence de deux enceintes en une, un caisson pour les basses équipé d’un woofer de 300 mm à déflecteurs infinis, le second élément étant un panneau électrostatique incurvé à 11 segments. Cela plaça la barre très haut pour ce qui devait être le vaisseau amiral le plus important de l’entreprise à ses débuts – la 801 sortie en 1978.

Lors de son lancement à la fin des années soixante-dix, la 801 remporta les éloges de la presse hi-fi mondiale, et bientôt les studios Abbey Road l’adoptèrent comme moniteur de musique classique de choix. La légende de la série B&W 800 était née, mais le problème auquel l’entreprise était alors confrontée était de savoir comment étendre la franchise en bas de gamme.

Le 802 fut la réponse ; alors que le 801 était déjà bien trop volumineuse pour de nombreuses salles d’écoute britanniques, le 802 fut rendue plus compacte et plus adapté aux salons domestiques. Pour cette raison, la société proposa un modèle qui semble de nos jours tout à fait banal, mais qui selon les normes des années soixante-dix était sérieusement radical. La 802 avait une empreinte au sol inférieure de moitié de celle de la 801. Selon les normes de l’époque, le 802 était inhabituellement étroite, bien plus que les enceintes dont la grande largeur était la norme à l’époque. Cela lança la tendance pour les enceintes colonne, encore très populaires aujourd’hui.

Prix d’occasion : à partir de 4500$

Infinity Quantum Line Souce (1977) : 

En 1969, Arnie Nudell et John Ulrick fondèrent la firme Infinity Systems dédiée aux enceintes acoustiques de prestige. Leur premier produit était un système triple constitué de deux panneaux électrostatique et d’un caisson de grave. Il ne fit pas l’unanimité mais il fit l’objet d’un article dans la célèbre revue Stereophile. Par la suite, la démarche d’Arnie Nudell (qui travaillait à une nouvelle génération de haut-parleurs) bifurqua vers un nouvel HP signé Quantum Line Source (ce surnom découle de sa formation de physicien nucléaire).

La QLS était révolutionnaire. Il s’agit d’un système à 4 voies composé d’un boomer à double bobine 12″ Watkins, d’un  bas-médium 5″, de 6 haut-parleurs haut-médium à dôme convexe, de 8 tweeters planaires magnétiques et d’un tweeter sur la face arrière. Ce nouveau modèle utilisait le woofer Watkins, équipé de bobines acoustiques doubles pour éliminer l’augmentation d’impédance typique des HP graves (lorsque l’impédance d’un haut-parleur augmente à la résonance, sa capacité à utiliser la puissance de l’amplificateur diminue). Les Watkins utilisaient un agencement de filtre intelligent qui dirigeait la puissance de l’ampli vers l’une des deux bobines d’impédance différentes en fonction de la fréquence, lissant ainsi la courbe d’impédance présentée à l’amplificateur.

Les Infinity QLS ont de belles qualités (les graves sont tendues et propres, les médiums sont ouverts et les aigues sont scintillants à souhait). Mais elles ont aussi des défauts : leur poids très élevé, une sensibilité très basse (81 db/1w/1m !!!) qui oblige à utiliser à minima un à deux amplificateurs de 200 W sous 4 Ω (en effet elles peuvent fonctionner en biamplification). De son côté, infinity recommande un ampli de 500 W/4Ω pour bien les piloter !!! Cependant, elles restent un très bel investissement qui séduit encore de nombreux audiophiles.

Prix d’occasion : à partir de 3500$

JBL Paragon (1957-1982) :

La JBL D44000 Paragon est une enceinte stéréo monobloc créé par JBL en 1957 et dont la production a cessé en 1983, date à laquelle elle a été remplacé par la gamme “Everest“. Son cycle de production était le plus long de tous les haut-parleurs JBL. À son lancement, le Paragon était l’enceinte domestique la plus chère du marché (1830$ en 1957…).

Conçu par Arnold Wolf à partir d’un concept élaboré par Richard Ranger, la Parangon mesure près de 2,7 m de long et nécessite plus d’une centaine d’heures de travail à la main effectuée par une équipe d’artisans qualifiés. Ressemblant moins à un haut-parleur conventionnel qu’à un buffet élégant, ce fut un produit phare pour l’entreprise, qui était prisé par les nantis et les célébrités. Avec une production totale estimée à environ 1000 unités, ce modèle est encore aujourd’hui très recherché par les collectionneurs.

Le colonel Richard R. Ranger, un pionnier du son stéréophonique dans l’industrie cinématographique, conceptualisa la solution au problème de la reproduction du son stéréo pour tous et pas seulement pour l’auditeur central. Il conçut un système où le son des haut-parleurs serait réfléchi contre des surfaces incurvées (panneaux de bois) à l’intérieur d’une armoire pour créer une image stéréo large et uniforme qui resterait stable dans n’importe quel endroit de la pièce d’écoute. Ranger développa ainsi le système de réfraction radiale JBL-Ranger pour la reproduction stéréophonique.

Le son de la Paragon est décrit comme possédant une incroyable dynamique à haut niveau, rythmé sans aucun signe de distorsion fatigante et avec une séparation impressionnante des instruments. Il y existe des rumeurs selon lesquelles Frank Sinatra et Dean Martin auraient acquis trois Paragon chacun – une pour chacun des canaux gauche, central et droit – avec lesquels ils écoutaient leurs enregistrements audio à partir des masters.

Prix d’occasion : à partir de 25.000$

Ci-dessous : Article sur la JBL Paragon, écrit par Patrick Vercher extrait de la revue L’Audiophile N°10 (Mai 1990).

Disque – Getz/Gilberto (Bossa Nova, 1963)

Stan Getz (1927-1991) est considéré comme l’un des plus grands joueurs de saxophone ténor. Sa sonorité feutrée, lissée, douce et aérienne, la fraîcheur de son invention mélodique en firent le premier des “Brothers”, ces jeunes saxophonistes blancs qui, au lendemain de la guerre, vouaient un culte exclusif au grand Lester Young. Par la suite, Stan Getz sut évoluer sans renier son style, vers une expression plus universelle, alliant la tendresse à la véhémence. Avec cet album sorti en 1963, la Bossa Nova fit de Geatz une vedette universelle. Il faut convenir que sa sonorité et le charme de son discours mélodique s’accordent à merveille aux rythmes brésiliens, surtout lorsque se joignent à lui Jao Gilberto, guitariste et chanteur, le pianiste Atonio Carlos Jobim, et la soeur de ce dernier, la vocaliste Astrud. Pour The girl of Ipanema, Desafinado, Coronado, Se danco Samba…

La Bossa-Nova et João Gilberto : 

La bossa nova est née à Rio de Janeiro, alors capitale du Brésil, durant une période de croissance économique et de stabilité politique où l’optimisme était de mise. Elle fut inventée à la fin des années 1950 par un groupe composé principalement du compositeur Antônio Carlos Jobim (également connu sous le nom artistique de Tom Jobim), du chanteur et guitariste João Gilberto, et du poète Vinícius de Moraes. Elle est la réponse aux attentes musicales des jeunes des classes moyennes de Rio de Janeiro. Ceux-ci sont à la recherche de modernité, d’une nouvelle manière d’interpréter les chansons, d’une musique plus épurée, de paroles optimistes qui reflètent leurs aspirations. Ils apprécient la musique nord-américaine, en particulier les disques de Frank Sinatra. Ils rejettent les formes musicales brésiliennes traditionnelles telles que les sambas de type carnaval avec une utilisation massive des percussions et les samba-canção, similaires aux boléros hispano-américains, offrant des compositions simples, une harmonie standard, des voix douces et des textes sentimentaux, fréquemment mélodramatiques.

Les musiciens de bossa nova font partie de la classe moyenne de Rio qui fréquente les clubs de jazz et est influencée par la musique et le cinéma nord-américains. Les paroles des chansons de la bossa nova traitent de thèmes légers comme l’amour, les plages de Rio, ou la beauté des femmes brésiliennes.

L’impact de la bossa nova sur la musique mondiale ne s’arrête pas seulement à un nouveau genre musical. La bossa nova a influencé durablement le jazz, la musique populaire nord-américaine, la chanson européenne et la musique de film.

De la Bossa Nova à la Musique Populaire Brésilienne :

Au moment où le coup d’État de 1964 instaure la dictature militaire, la Bossa Nova stricto sensu prend fin au Brésil. Une nouvelle génération d’artistes brésiliens, surnommée la «seconde génération de la bossa nova», et dont font partie des artistes tels que Edu Lobo, Maria Bethânia, Gilberto Gil, Caetano Veloso et Chico Buarque, œuvre à transformer la bossa nova pour qu’elle soit plus en phase avec la réalité politique et sociale du Brésil et qu’elle incorpore d’autres styles musicaux populaires brésiliens comme la Samba de Bahia, le Choro ou la Modinha. Plusieurs créateurs historiques de la Bossa Nova, à l’instar de Carlos Lyra et de Vinícius de Moraes, rejoignent ce mouvement qui prend le nom de MPB (« Musique Populaire Brésilienne »).

Getz/Gilberto : fut enregistré en 1963 par le saxophoniste américain Stan Getz et le guitariste et chanteur brésilien João Gilberto, avec la participation du pianiste et compositeur Antônio Carlos Jobim. Il sort après Jazz Samba et Jazz samba Encore de Stan Getz. Il a connu un grand succès international particulièrement aux États-Unis. Les morceaux The Girl from Ipanema et Corcovado chantés par Astrud Gilberto sont devenus des standards du jazz. L’album a remporté le Grammy Award du meilleur album en 1965, et The Girl from Ipanema le prix du meilleur enregistrement de l’année.

Il a été enregistré les 18 et 19 mars 1963 à New York par l’ingénieur du son Phil Ramone et produit par Creed Taylor sur le label Verve Records. Antonio Carlos Jobim enregistre peu de temps après et sur le même label The composer of Desafinado, plays. Un second album Getz/Gilberto vol.2 paraît en 1966.

En 2015, à l’occasion du Record Store Day, paraît l’album Selections from Getz/Gilberto 76 qui contient quatre pistes inédites tirées d’un concert enregistré à San Francisco en 1976 et réunissant les deux artistes éponymes. Le magazine Rolling Stone le place en 2012 en 447e position de son classement des 500 plus grands albums de tous les temps. Il est également cité dans l’ouvrage de référence de Robert Dimery Les 1001 albums qu’il faut avoir écoutés dans sa vie.

Voir sur YouTube : Stan Getz feat. Astrud Gilberto – The Girl From Ipanema (Official Video)

Oldtimer – Jaguar MKII (1959-68)

Au début des années 60, Jaguar chassait sur les terres de Bentley ou d’Aston Martin, mais avec moins de liberté : ses rivales étaient construites sans considération de prix, alors que pour le constructeur de Coventry, le tarif était une donnée importante. Le cuir et le noyer ronceux devaient se payer d’une façon ou d’une autre, c’est pourquoi chez Jaguar, le raffinement pouvait très bien cohabiter avec des pièces bon marché, rentabilité oblige. Un bon exemple était la suspension arrière de l’élégante berline, équipée de ressorts à lame en porte-à-faux, un système d’amortisseurs largement dépassé. Il fut avantageusement échangé deux ans plus tard contre celui de la type E, avec freins suspendus et roues indépendantes. Malheureusement, pour l’installer, il fallut redessiner le coffre, et le modèle, devenu le type S, suscita de nombreuses critiques esthétiques.

Cependant, ce félin était une berline sportive de haut niveau qui frisait les 200 km/h, dotée de puissantes accélérations, d’un bon freinage et d’un six cylindres onctueux et agréable. La boîte de vitesse n’était cependant pas un modèle de vertu. Malgré les nombreux reproches qu’on fit d’elle à sa sortie, la MKII eut beaucoup de succès par la suite, et actuellement, elle est devenue un grand classique. Très prisée en compétition (catégorie tourisme), la MKII a notamment remporté le Tour de France automobile à quatre reprises consécutives entre les mains de Bernard Consten.

La Mark II : existait en trois cylindrées : 2.4, 3.4 et 3,8 litres, avec des transmissions manuelles, avec ou sans overdrive, ou automatiques, surtout pour les États-Unis.

La version 2.4 était une honnête berline sans prétentions avec une certaine mollesse ce qui n’était plus le cas avec la 3.4. La 3.8 qui était la plus sportive, a couru et gagné de nombreux rallyes dont le Tour de France auto. Elle s’est illustrée aussi dans le Monte-Carlo, mais sans le gagner.

En 1963, Jaguar décida d’introduire une nouvelle variante luxueuse de sa berline phare la MKII, utilisant aussi le moteur XK qui venait prendre une place entre la petite MKII et la grosse MKX.

La Mark II S-Type : était proposée en deux versions 3,4 et 3,8 litres. Une version 2.4 ne cadrait pas avec l’image luxueuse de la voiture.

En fait ce fut plus un nouveau modèle qu’une évolution. La caisse est totalement différente. Modifiée à l’avant avec une calandre spécifique, des phares surmontés de petites visières et des pare-chocs minces. L’arrière ressemblait à celui de la MKX posée sur une suspension indépendante qui donnait une conduite améliorée et plus confortable.

La plupart des acheteurs optèrent pour la version 3.8 la plus puissante quoique la 3.4 n’ait pas été sous motorisée. Moins rapide que la MKII puisque 200 kg plus lourde, la tenue de route était cependant reconnue meilleure et très efficace grâce à sa nouvelle suspension arrière indépendante qui était la même en plus large que celle des Type E. Les boiseries étaient beaucoup plus belles et les cuirs Connolly mieux finis.

Caractéristiques Techniques : Voir Brochure ci-dessous.

Prix du modèle neuf en 1963 : 31.000 Francs

Cote actuelle : à partir de 20.000 €

Livre & Film – Club Dumas (1993) & La Neuvième Porte (1999)

“Club Dumas” est un roman écrit par Arturo Pérez-Reverte, édité en 1993 chez Lattès puis, en Livre de Poche (No 7656). La trame du livre se déroule dans un monde de libraires antiquaires, faisant écho à son précédent ouvrage de 1990, “Le Tableau du Maître Flamand”.

L’histoire suit les aventures d’un libraire, Lucas Corso, engagé pour authentifier un manuscrit rare d’Alexandre Dumas, père. On y retrouve deux personnages de ce célèbre roman à travers Milady, sous les traits de Liana Telfer, et Rochefort, sous l’apparence d’un garde-du-corps balafré. Puis l’enquête de Corso l’amène à chercher deux exemplaires d’un livre rare (fictif) connu sous le nom de De Umbrarum Regni Novem Portis (Des neuf portes du royaume des ombres). Corso rencontre une foule de personnages intrigants au cours de son voyage d’investigation, y compris des adorateurs du diable, des bibliophiles obsédés et une femme fatale hypnotiquement séduisante. Les voyages de Corso le mènent à Madrid (Espagne), Sintra (Portugal), Paris (France) et Tolède (Espagne).

Club Dumas regorge de détails allant des habitudes de travail d’Alexandre Dumas à la façon dont on pourrait forger un texte du XVIIe siècle, en passant par un aperçu de la démonologie.

En 1998, The Club Dumas a été nominé pour le Anthony Award du meilleur roman, le Macavity Award du meilleur roman et le World Fantasy Award du meilleur roman.

Arturo Pérez-Reverte – Club Dumas (1993)

Les personnages principaux du livre :

Aristide Torchia : né en 1620, est l’auteur fictif d’un ouvrage ésotérique imaginé par Arturo Pérez-Reverte. Il fut apprenti à Leyde sous la famille Elzevir. De retour à Venise, il publie de petits ouvrages sur des thèmes philosophiques et ésotériques. En 1666, Torchia publie De Umbrarum Regni Novem Portis (Les neuf portes du royaume des ombres), basé sur le Delomelanicon, un travail prétendument écrit par Lucifer et qui permettrait au lecteur d’invoquer des démons. L’Inquisition a condamné Torchia pour magie et sorcellerie et l’a brûlé sur le bûcher en 1667.

Lucas Corso : Ce chasseur de livres de 45 ans, sans aucun scrupule, amateur de gin néerlandais parcourt l’Europe pour dénicher des éditions rares demandées par les libraires. C’est aussi un grand connaisseur de littérature populaire et un amateur de l’épopée napoléonienne, à laquelle son arrière-arrière-grand-oncle a participé en tant que grenadier puis consul en Espagne, Le monde du livre prend une dimension trop importante chez lui à tel point qu’il arrive à confondre monde réel et monde littéraire fictif.

Irene Adler : Ce personnage énigmatique (tiré de l’univers de Conan Doyle dans Sherlock Holmes) accompagne Corso tout au long de son périple, elle sera aussi son amante. On la retrouvera dans le film de Polanski sous les traits d’Emmanuelle Seigner. Elle apparaît en étudiante avec son sac de livres lors d’une conférence donné par Balkan dans un café. Elle a environ vingt ans, une “allure de garçon” et des “yeux verts presque transparents”. Non seulement elle porte le nom de l’aventurière de Sherlock Holmes, mais son passeport porte comme adresse le 223B Baker Street. Elle est un lien entre les deux univers du roman populaire et de l’ésotérisme. Grande lectrice, elle lit les Trois Mousquetaires, mais aussi de la littérature fantastique : Melmoth ou l’Homme errant et surtout Le Diable amoureux de Jacques Cazotte, dont elle semble être la réincarnation du personnage “diabolique” de Biondetta. Elle est experte en combat à mains nues, elle dit avoir appris le truc en perdant contre un ange.

Boris Balkan : Narrateur et protagoniste de l’histoire n’intervient que dans trois chapitres, pour décrire ses rencontres avec Corso. C’est un traducteur, critique littéraire et spécialiste de littérature populaire du XIXe siècle (“mon domaine est le feuilleton”), dont il est intarissable. Sa dernière intervention donnera le sens de l’ intrigue. Il est l’ “ombre de Richelieu” .

Victor Fargas : Propriétaire déchu d’une des plus prestigieuses bibliothèque d’Europe. Bibliomane, il vit dans le dénuement dans une quinta (ferme) à l’abandon proche de Sintra, au Portugal. Il est forcé pour vivre de vendre certains de ses ouvrages. il possède un des trois exemplaires des Neufs Portes . Après la visite de Corso, il meurt assassiné.

Varo Borja : Libraire ultra spécialisé (“cinquante livres en catalogue”) et “millionnaire”, il vit dans l’opulence à Tolède. Il se passionne pour la démonologie dont il possède une riche collection d’ouvrages anciens. Il demande à Corso de vérifier que son exemplaire des Neufs Portes est authentique (seul l’un des trois existants l’est d’après une interprétation de l’imprimeur Torchia et il est persuadé que le sien est faux). Son nom évoque la famille Borja/Borgia, qui comme lui avait des liens avec l’occultisme et qui a inspiré à Alexandre Dumas deux de ses ouvrages.

Les frères Pedro et Paolo Ceniza : Restaurateurs de livres anciens dans le vieux Madrid, conseillers techniques de Corso. ils possèdent les savoir-faire pour rendre à l’identique des vieux ouvrages, et on les soupçonne d’être aussi des faussaires très habiles. Ils ont eu entre leurs mains l’exemplaire des Neufs Portes, avant qu’il ne soit acquis par Vargas. L’auteur rend hommage aux frères Raso de la Papelería y Encuadernación de Madrid qu’il a fréquentée dans les années 1970.

Extraits du livre :

“Corso était un mercenaire de la bibliophilie, un chasseur de livres à gages. Ce qui veut dire doigts sales et parole facile, bons réflexes, de la patience et beaucoup de chance. Sans oublier une mémoire prodigieuse, capable de se souvenir dans quel coin poussiéreux d’une échoppe de bouquiniste sommeille ce volume sur lequel on le paiera une fortune. Sa clientèle était restreinte, mais choisie : une vingtaine de libraires de Milan, Paris, Londres, Barcelone ou Lausanne, de ceux qui ne vendent que sur catalogue, investissent à coup sûr et de tiennent jamais plus d’une cinquantaine de titres à la fois ; aristocrates de l’incunable pour qui parchemin au lieu de vélin ou trois centimètres de plus de marge se comptent en milliers de dollars.”

“C’est curieux. En littérature, il existe des personnages de fiction doués d’une identité propre, connus de millions de personnes qui n’ont pas lu les livres où ils apparaissent. L’Angleterre en a trois : Sherlock Holmes, Roméo et Robinson. En Espagne, deux : don Quichotte et don Juan. En France : d’Artagnan.”

“Tu es mort, comme tes livres. Tu n’as jamais aimé personne, Corso.” 

Le Film :

Roman Polanski – La Neuvième porte (1999)

La Neuvième Porte est un excellent thriller sorti en 1999, réalisé, produit et co-écrit par Roman Polanski. Cette coproduction internationale entre les États-Unis, le Portugal, la France et l’Espagne est librement inspirée du roman que je viens d’évoquer. L’intrigue consiste à authentifier un livre rare et ancien qui contient prétendument un secret magique pour invoquer Lucifer. La première projection eut lieu à Saint-Sébastien, en Espagne, le 25 août 1999, un mois avant le 47e Festival international du film qui s’y déroule. Bien qu’échec critique et commercial en Amérique du Nord, où les journalistes l’ont comparé défavorablement au film fantastique de Polanski Rosemary’s Baby (1968), La Neuvième Porte a tout de même été un succès populaire en Europe, notamment en France où la critique l’a injustement brocardé. Il a rapporté un montant brut mondial de 58,4 millions de dollars contre un budget de 38 millions de dollars.

Polanski suit l’intrigue de base du livre dans les deux premiers tiers du film, la finale étant considérablement modifiée. La part belle est donnée à l’enquête sur l’ouvrage sulfureux d’Aristide Torchia. Les rôles de plusieurs personnages diminuent, s’étendent, fusionnent, s’échangent ou disparaissent complètement, et l’une des intrigues secondaires les plus importantes du roman – la connexion Dumas – est entièrement supprimée. Au fil des évènements, Lucifer, le prétendu auteur du livre, exerce une emprise croissante sur Dean Corso (Johnny Deep). Les neuf gravures illustrant les trois seuls exemplaires de l’ouvrage signées alternativement Aristide Torchia ou Lucifer) représentent en fait les consignes à suivre à la lettre pour pouvoir entrer au Royaume des Ombres. Dean Corso les respecte sans même s’en apercevoir, c’est la raison pour laquelle il réussit là où d’autres ont échoué. C’est là une nouvelle lecture à faire lorsqu’on revoit ce film, qui est trop dense pour être bien appréhendé au premier visionnage.

Une autre lecture du film peut-être faite, plus satirique celle-là, (dans la même veine que le célèbre “bal des Vampires”, mais un ton en dessous) les cultes sectaires et sataniques étant tournés en dérisions à de nombreuses reprises, notamment lors des scènes tournées aux château de Ferrières et de Puivert en présence de Balkan (Frank Langella). Elles n’ont pas convaincu le public, peut-être parce-que le personnage de Corso interprété brillamment par Johnny Deep y est un peu austère, conforme au roman. Mais l’ambiance de ce tournage fut pour lui loin d’être l’enfer puisqu’il y rencontra Vanessa Paradis (sa future compagne) dans le hall de l’Hôtel Costes à Paris, comme il le racontera à la BBC en 2011 : “Elle portait une robe dos-nu et j’ai vu ce dos et ce cou et quand elle s’est retournée j’ai vu ces yeux”.

Voir sur YouTube : “La neuvième porte film complet français par “SNAP netfix-officiel.