La cassette revient à la mode, peut-être pas autant que le disque vinyle, mais beaucoup de jeunes mélomane, n’ayant pas connu les galères infligées à leurs utilisateurs contemporains par ces supports techniques audio que beaucoup d’entre eux virent disparaitre avec joie dès les années 90, se trouvent tentés d’investir dans une platine cassette vintage. J’ai moi-même vécu le remplacement de ces appareils analogiques avec satisfaction, notamment par le Compact Disc Audio qu’il soit en simple lecture ou bien enregistrable, mais il m’arrive de penser avec nostalgie à certaines de mes anciennes platines cassettes, et celles qui m’ont le plus impressionné était de la marque Nakamichi.
Au milieu des années 80, le prix d’un vinyle était callé entre 70 à 120 Francs, ce qui était cher, mais à ce prix là on avait un son honnête couvrant l’intégralité du spectre sonore audible soit 20-20Khz. Certes, la dynamique était mauvaise (35 dB environ), la diaphonie aussi (30 dB), mais ça ne soufflait pratiquement pas (60 dB) (par contre, les craquements étaient bien présents). La cassette audio préenregistrée, vendue au même prix, cumulait tous les défauts (Temps d’accès très lent aux différentes plages musicales du support nécessitant un rembobinage rapide systématique, mauvaise courbe de réponse en fréquence, mauvaise diaphonie, souffle catastrophique, dépôt sur les têtes de lectures…). La solution « miracle » fut le Dolby B, une sorte de filtre utilisé à l’enregistrement : il atténuait le souffle certes, mais il massacrait encore plus les aigues, à tel point qu’il fallait le désenclencher à la lecture, au prix d’un souffle encore plus audible qu’avant… Du milieu des années 80 au début des années 90, ce filtre évolua en Dolby C, de bien meilleure qualité, puis en Dolby S, d’excellente qualité, on ajouta enfin un filtre qui ne s’applique qu’à l’enregistrement de la cassette mais reste disponible quelque soit la platine cassette (le Dolby HX Pro), mais c’était trop tard, puisqu’en 1990, l’audio numérique bien plus pratique et performant commençait à prendre des parts de marché, et par la même occasion, sonnait le glas de ces dinosaures du son analogique que tout le monde vit disparaître avec joie.
Mais, pendant 20 ans à partir de 1970, la platine cassette fut le seul moyen populaire d’enregistrer du son en qualité « Hifi ». La marque qui se détacha très vite du lot de manufacturiers spécialisés de l’époque était Nakamichi, une marque que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer dans quelques articles précédents. (Vous pourrez d’ailleurs vous référer à l’article en lien pour trouver un lexique explicatif de ces appareils vintage). La marque nippone ne faisait que du haut de gamme, et je dois dire qu’au niveau son, on en avait pour son argent. Leurs têtes de lecture de haute qualité étaient très résistantes, souvent au nombre de trois, ce qui permettait le monitoring (comparaison du son original et de l’enregistrement), les moteurs étaient aussi au nombre de trois (sur les appareils les plus chers), permettant d’optimiser le transport de la bande magnétique qui était des plus fragiles, comme tout le monde le sait, et pas forcément de bonne qualité. La mécanique d’entrainement des bandes était parfois délicate, mais le SAV des vendeurs distribuant la marque à l’époque était efficace, et cela ne posait donc pas de problème d’entretenir de tels appareils, sous réserve bien sûr, de pouvoir se les payer.
J’ai choisi de commencer cet article en évoquant quelques platines Nakamichi sorties entre 1985 à 1990 (les BX-100 E, BX-125 E, BX-300 E, RX-505 E, CR-7 E et le Célèbre Dragon), d’excellentes machines qui surpassaient haut la main tous les concurrents de la marque dans leur gamme respective. Dans la deuxième partie de l’article qui paraitra d’ici quelques mois, j’évoquerai quelques appareils tout aussi exceptionnel que commercialisa Nakamichi de 1980 à 1985, notamment l’incroyable 1000 ZXL mais aussi, les 480, 582 680 ZX, LX5 et LX7. Tous ces appareils sont depuis devenus mythiques.
Nakamichi BX-100 E :

Cette platine cassette haute performance certes, mais relativement chère pour de l’entrée de gamme, était dépourvue d’une fonctionnalité essentielle puisque le Dolby C était absent. Cependant, compte tenu de son prix, cette platine ne déçut pas les audiophiles exigeants qui possédaient les connaissances nécessaires pour tirer le meilleur parti de l’appareil, en tenant compte des nombreux réglages internes possibles.
La qualité de fabrication et de finition de Nakamichi, associée à son système de transport fluide et silencieux à commande logique, rend la BX-1OOE agréable à utiliser. Toutefois, le réglage indépendant du bias et de l’équalisation requiert une attention particulière pour éviter toute erreur. Malgré l’absence de Dolby C, le souffle reste acceptable avec des cassettes vierges de haute qualité et silencieuses, tel le Métal ou le Chrome, et un niveau d’enregistrement adéquat n’excédent pas le 0 DB de référence.
Sur cette platine, la sélection du bias et de la qualité de la bande sont indépendants, permettant par exemple l’enregistrement de bandes chrome en 120 µs normalement réservé au ferrique. Les boutons de bias sont, comme toujours, identifiés de manière confuse uniquement par les désignations propres à Nakamichi : EX (ferrique), SX (chrome) et ZX (métal). Les fonctions d’arrêt en mémoire, de minuterie et de répétition automatique sont présentes, mais il n’y pas d’entrées microphone.
En interne, des réglages indépendants du bias et du gain d’enregistrement sont intégrés sur les canaux gauche et droit pour chaque type de bande, permettant ainsi d’adapter la machine à n’importe quelle bande.
Qualité sonore :
En écoute, les transitoires étaient restitués avec une définition et un mordant remarquables sur des bandes magnétiques Métal. La richesse des détails dans les aigus était surprenante, et l’image sonore s’avérait également meilleure que d’habitude. La présence de basses profondes et solides conférait au son une présence plus marquée. Le son relativement clair et « large bande » sur les bandes magnétiques Normales était à la fois immersif et agréable à l’écoute.
Nakamichi BX125E :
Le BX125 est essentiellement un BX-1OO équipé du Dolby C. Il est donc similaire au BX-150, qui était auparavant le Nakamichi le moins cher à proposer le Dolby C en plus du Dolby B. Visuellement, le BX125 est dépourvu du compteur de bande à LED rouge lumineux du BX150, et la commande de sortie est rotative au lieu d’être un curseur. Pour le reste, les fonctionnalités sont identiques.
Lors des tests, le BX-125 se révélait très similaire aux BX-1OO et BX-150 à tous égards. Il démontrait une bonne stabilité de vitesse, caractérisée par un très faible scintillement pour un transport à cabestan unique, mais un léger pleurage (0,08 %) à 2 Hz et 5 Hz.
Nakamichi BX300E:

Les tests d’écoute et les tests en laboratoire montraient systématiquement que la stabilité de la vitesse était un problème majeur sur les platines cassettes, responsable de distorsions, de variations de niveau, d’un son diffus et de nombreux autres phénomènes subjectifs et difficiles à appréhender. Les platines à double cabestan en boucle fermée éliminèrent la quasi-totalité de ces dégradations en isolant également la bande de la mécanique de la cassette, qui peut elle-même produire un scintillement important. Nakamichi utilisait ce système d’entraînement sur toutes ses platines haut de gamme, à commencer par la BX-300E.
Trois têtes ont également été installées, permettant une écoute hors bande et un réglage de la polarisation par l’utilisateur pour s’adapter au mieux à la bande. Nakamichi a intégré une seule commande pour tous les types de bande ; il faut donc mémoriser les réglages lors du changement de type.
Comme prévu, la stabilité de la vitesse de cet appareil était exceptionnellement bonne. Le scintillement était de 0,07 %, le pleurage de 0,04 % et la dérive était quasi inexistante.
Le réglage de la polarisation permet d’affiner la réponse en fréquence des bandes métalliques de quelques dB à 20 kHz, ce qui est suffisant.
La plage de réglage des bandes au chrome est beaucoup plus large, ces bandes étant plus sensibles aux variations de polarisation que les bandes métalliques. La platine peut ainsi être associée aux meilleures bandes Chrome. Comme c’est souvent le cas avec les platines Nakamichi, la réponse en fréquence de la lecture présente une légère atténuation d’environ -1 dB à 5 kHz, mais les aigus remontent progressivement jusqu’à +2,5 dB à 18 kHz. Cependant, selon les normes habituelles, la réponse en fréquence est très plate et étendue, ce qui est parfaitement audible. La précision de la vitesse de lecture est parfaite avec le réglage central de la commande de pitch, avec une plage de réglage de 7 %.
Qualité sonore :
Sur bande métallique (TDK MA), l’appareil offrait un équilibre tonal très neutre, avec une légère accentuation des aigus. L’augmentation du bias permettait de corriger ce défaut et la qualité sonore devenait alors excellente. L’image sonore était précise, les aigus nets et clairs, et la clarté remarquable.
La bande chrome (TDK SA) nécessitait un léger ajustement du bias pour maîtriser les aigus, mais il devenait alors parfois difficile de distinguer le signal source du signal de la bande. Les résultats étaient étonnants.
Avec la bande ferrique, un compromis était nécessaire entre un contrôle optimal des aigus (bias augmenté) et un niveau d’aigus optimal (bias diminué).
La qualité de lecture du BX-300 avec des cassettes préenregistrées offrait une stabilité et une netteté d’image sonore remarquables, propices à une écoute attentive.
Nakamichi RX-505 E :

Dès leur sortie, les platines à inversion automatique de Nakamichi, les
RX-202, ‘303 et ‘505, connurent un succès immédiat, étant considérées comme les gadgets les plus excentriques jamais vus sur le marché de la hi-fi.
Leur système d’inversion fait pivoter physiquement la cassette, contrairement aux autres systèmes qui inversent le sens de défilement. Tous les composants de la tête de lecture restent solidement fixés et ne subissent donc pas l’usure qui finit par affecter les plateaux rotatifs des platines à inversion automatique classiques, entraînant une perte d’aigus due à un mauvais azimut. Ce système évite également les erreurs d’azimut liées au déroulement de la bande, causées par un tirage « en arrière » sur les platines à inversion automatique classiques.
Le mécanisme d’entraînement est un système à double cabestan conventionnel, plus simple que celui du Dragon, et offre en plus l’enregistrement inversé. La RX505E ne dispose cependant pas d’une inversion automatique rapide ; elle enregistre et lit en suivant l’amorce, introduisant un silence d’environ 12 secondes. Des têtes d’enregistrement et de lecture indépendantes permettent un contrôle hors bande. Nakamichi a doté ce magnétophone de bien plus de fonctionnalités que d’autres, même les Dragon et ZX-9. Il dispose d’une recherche musicale (détection d’intervalle), d’un saut automatique en cas de fin de morceau silencieux, d’une minuterie, d’une fonction d’arrêt/lecture en mémoire, de filtres MPX et subsoniques. Chose rare pour un Nakamichi, l’enregistrement par insertion est possible grâce au transport à commande logique.
Le réglage fin du bias permet d’adapter précisément les bandes métal, ferrique et chrome. Comme tous les Nakamichi, le RX-505E fonctionne avec une précision remarquable, mais les sélecteurs indépendants de bias et d’égalisation, sans indicateurs d’état, laissent une grande marge d’erreur. Il ne possède pas d’entrées microphone.
Le RX-505E est un magnétophone à inversion automatique doté d’un système d’inversion mécanique unique et ludique qui fait tourner physiquement la cassette. Ce système permet également l’utilisation d’un mécanisme complexe à double cabestan, ainsi que de têtes d’enregistrement et de lecture indépendantes et discrètes, offrant à l’appareil une excellente réponse en fréquence et une marge dynamique importante. L’inversion automatique de Nakamichi n’est pas particulièrement rapide, mais de nombreuses autres fonctionnalités sont disponibles, telles que la recherche musicale, le saut de pistes vierges et un réglage précis du bias.
Le mécanisme d’entraînement fonctionne avec une grande précision, mais ses performances mesurées ne sont pas exceptionnelles. L’adaptation de bande est large grâce au bias variable. La qualité sonore d’enregistrement est excellente.
Nakamichi CR-7 E :

Le CR-7, en réalité, est une évolution dans le domaine des platines cassettes haut de gamme de la marque. Il conserve la tête de lecture motorisée du Dragon, inclinable à gauche ou à droite pour s’aligner sur n’importe quel enregistrement. Cependant, il abandonne le système de détection automatique du Dragon et se fie à l’oreille de l’utilisateur. Autrement dit, l’azimut est réglable manuellement. Cela pourrait sembler inférieur au Dragon, mais en pratique, je trouve cela préférable pourvu qu’on ait une certaine habitude et maitrise de ce type d’appareil, même si le CR-7 ne remplace ni n’améliore le Dragon.
Qualité sonore :
Les nouveaux circuits électroniques internes offraient un son mieux équilibré que le Dragon. Les basses étaient plus présentes, la neutralité tonale plus marquée et les aigus moins « minces ». Toutes les qualités du Dragon, notamment son excellente image sonore et sa grande précision, étaient toutefois conservées.
Avec les Maxell MX, les enregistrements étaient si fidèles à l’original qu’ils étaient, en pratique, identiques. Les tests montrent que le CR-7 atteint des niveaux très élevés sur bande métal avant saturation. Comme c’est souvent le cas avec les très bons magnétophones, le CR-7 tirait le meilleur parti des bandes ferriques ordinaires et de bonne qualité, telles que la TDK AD, pour un son aussi bon que celui des bandes métalliques sur un appareil moins performant. Les têtes d’enregistrement et de lecture indépendantes y sont pour beaucoup, car elles augmentent considérablement la limite de surcharge des bandes ferriques.
En résumé, la simplicité d’utilisation du CR-7 et sa télécommande ont rendu le savoir-faire Nakamichi plus accessible au grand public qui avait les moyens financier de se l’offrir et vouait une véritable passion pour les cassettes. Ce magnétophone est bien moins complexe technologiquement qu’un Dragon ou un ZX-9, mais il surpasse leur qualité de défilement et conserve les idées novatrices qui font d’un magnétophone à cassettes Nakamichi un produit légendaire.
Nakamichi Dragon :

Cette machine à l’allure impressionnante que j’ai déjà évoqué dans un précédent article, était et reste encore (40 ans après sa sortie) absolument fascinante par sa façon de résoudre les problèmes de lecture de cassettes, même si ce support audio est devenu aujourd’hui totalement obsolète. Il est important de noter que la complexité du Dragon est axée sur la lecture de cassettes audio commerciales, ou même de bandes vierges enregistrées sur d’autres magnétophones, avec une erreur de transcription négligeable.
Jusqu’à l’arrivée du CR-7E, ce magnétophone à cassettes était la référence absolue. La renommée du Dragon repose sur la qualité de fabrication portée au faîte de son art chez Nakamichi en cette fin des années 80 : en plus d’une esthétique exceptionnelle, il porte toutes les marques d’un équipement professionnel. L’innovation majeure de Nakamichi réside dans l’élimination de l’erreur d’azimut de lecture, grâce à une tête de lecture à détection d’azimut qui s’incline automatiquement pour un alignement optimal avec la bande, quelle que soit la qualité de l’enregistrement. La détection est réalisée en divisant un pôle de la tête en deux parties superposées, en comparant la phase de leur sortie, puis en actionnant un moteur pour une plateforme de correction d’azimut jusqu’à ce que l’erreur de phase soit nulle.
Comme si l’azimut automatique ne suffisait pas, le Dragon utilise également un transport à double cabestan avec inversion automatique. Pour ce faire, les deux cabestans doivent changer de vitesse et de direction afin d’appliquer la tension adéquate, ce qui nécessite des moteurs de cabestan indépendants. Nakamichi utilise un entraînement direct pour chaque cabestan, permettant un réglage électronique de la vitesse : le cabestan d’alimentation tourne toujours 0,2 % plus lentement. Un contrôle de la vitesse par quartz est utilisé. Conçu pour minimiser les problèmes d’azimut, le Dragon utilise une tête d’enregistrement à quatre pôles fixes et ne permet pas l’enregistrement inversé ; seule la lecture inversée est possible.
Le réglage manuel du bias et du gain d’enregistrement est disponible pour chaque canal et type de bande ; il s’agit de petits potentiomètres en façade. La réponse en fréquence est déterminée par le réglage du bias, et non par l’égalisation d’enregistrement. La sélection du bias et l’égalisation de lecture (120/70 µs) sont indépendantes, comme sur la plupart des magnétophones Nakamichi.
Qualité sonore :
La conception du Dragon visait principalement à obtenir une fidélité parfaite à partir de cassettes préenregistrées. Pour ce faire, il est doté d’un réglage automatique de l’azimut de la tête d’une complexité et d’une résolution étonnantes. Jusqu’à l’arrivée du CR7, il offrait une qualité sonore exceptionnelle pour tous les supports audio. La clarté et la précision de l’image sonore redéfinissent les capacités de ce support.
La qualité des enregistrements était également très élevée, dépendant autant de la bande choisie et de la précision du réglage que des performances intrinsèques de l’appareil. C’est, à tout le moins, un lecteur de cassettes extrêmement impressionnant.
C’est dans la reproduction de supports audio que ce lecteur excellait véritablement. Plutôt que de simplement « faire la même chose, mais en mieux », le Dragon a marqué un tournant dans ce domaine en produisant des images stéréo d’une netteté exceptionnelle. Il possédait toutes les qualités habituelles : profondeur d’image, stabilité de la hauteur et capacité à séparer la musique du souffle de fond, qualités constatées sur d’autres lecteurs très haut de gamme. Le seul rival du Dragon était le Nakamichi CR-7E évoqué plus haut, qui présentait des améliorations encore plus importantes, notamment dans les basses fréquences.
Pour les nostalgiques du passé qui veulent célébrer ce vieux support désuet qu’est devenu la cassette, le Nakamichi Dragon est sûrement le Graal, mais, mode oblige, il faudra débourser près de 4000€ pour l’acquérir en bon état. On se dirigera donc plutôt vers l’achat d’un CR7 que l’on dégotte moitié moins cher sur le marché de l’occasion, même si son esthétique est beaucoup moins impressionnante. Enfin, n’oubliez pas la maintenance, car même si vous vous en servez peu, ces mécaniques délicates tombent en panne. Il sera donc préférable de trouver un bon technicien maitrisant la réparation de ces appareils complexes avant d’en acquérir un, si toutefois la pièce en panne est encore disponible, ce qui n’est souvent plus le cas.
