Films – 1983, l’année des deux Bond

L’année des deux Bond : 

En 1983, Sean connery qui a déjà incarné six fois l’agent 007 reprend du service dans Jamais plus jamais, alors que Roger Moore est en passe d’interpréter Bond dans Octopussy pour la sixième et avant dernière fois de sa carrière. Deux Bond la même année avec deux monstres sacrés du cinéma comme Connery et Moore dans deux des meilleurs scénarios de Iann Fleming, les aficionados de l’époque furent sacrément gâtés.

Remake d’Opération tonnerre, quatrième Bond officiel sorti en 1965 avec le même Sean Connery, Jamais plus jamais est le fruit d’une victoire de justice du scénariste Kevin McClory contre Ian Fleming, le créateur de James Bond. Les deux hommes avaient écrit ensemble un script qui devait servir à la première aventure de Bond au cinéma. Ce projet initial n’ayant jamais vu le jour, Ian Fleming en utilisa plusieurs éléments pour écrire le scénario d’Opération tonnerre, ce qui entraîna une plainte de McClory. Après une longue bataille judiciaire, ce dernier fut autorisé à ré-utiliser son histoire.

Un nouveau Bond pouvait naître, mais n’étant pas produit, comme tous les autres volets, par la MGM, il ne ferait jamais partie de la franchise. Certes, Sean Connery avait affirmé qu’il ne jouerait jamais plus le rôle de l’agent 007. Mais le titre le dit bien, “Il ne faut jamais dire jamais”. Pour la coquette somme de 5 millions (qui seront reversé à des fonds humanitaires pour aider l’Ecosse), Connery se laissa convaincre de revenir sur sa décision. Jamais plus jamais sortit en novembre 1983, quelques semaines après Octopussy, Bond officiel, lui, avec Roger Moore dans le rôle de l’espion. La presse fit ses choux gras de l’affrontement de deux Bond, qui tournera à l’avantage d’Octopussy au niveau mondial. En France cependant, les deux films ont eu un succès similaire au box-office : 2,5 millions de fans pour Jamais plus jamais contre 2,9 pour Octopussy.

Jamais plus jamais (1983) : 

Seon Connery a certes vieilli, mais il est toujours aussi classe avec son smoking. Le méchant est joué par Klaus Maria Brandauer en lieu et place d’Aldolfo Celi, 18 ans plus tôt. Domino est Kim Bassinger et remplace Claudine Auger … Bien qu’il en ait toutes les caractéristiques, Jamais plus jamais n’est pas un James Bond. Entendons-nous bien : le film d’Irvin Kershner, réalisateur de L’Empire contre-attaque, est bien une aventure de l’agent spécial de Sa Majesté mais, à l’image du premier Casino Royale (1967), il ne fait pas partie de la saga des 007.

L’histoire : 

James Bond croyait pouvoir enfin se reposer après tant d’années passées à sauver le monde de toutes sortes de dangers. Mais «M» lui confie une nouvelle mission. Une organisation terroriste bien connue, le «Spectre», vient de dérober deux ogives nucléaires aux Etats-Unis, menaçant de les faire exploser si le gouvernement refuse de s’acquitter d’une importante rançon. Bond se rend sur la Côte d’Azur, où il fait la connaissance de Domino, la maîtresse de Largo, un des chefs du «Spectre», puis aux Bahamas, où il espère découvrir la cachette de Largo. A son arrivée, la belle Fatima lui tend un piège, qu’il parvient à déjouer in extremis…

Casting de Jamais plus jamais (1983) : 

Réalisateur : Irvin Kershner

Musique : Michel Legrand

Acteurs  :
Sean Connery : James Bond
Klaus Maria Brandauer : Emilio Largo
Kim Basinger : Domino
Max von Sydow : Blofeld
Barbara Carrera : Fatima
Bernie Casey : Felix Leiter
Alec McCowen : «Q»
Edward Fox : «M»

Casting d’Opération Tonnerre (1965) :

Réalisateur : Terence Young

Musique : John Barry

Sean Connery : James Bond
Aldolfo Celi : Emilio Largo
Claudine Auger : Domino
Luciana Paluzzi : Fiona
Rik Van Nutter : Felix Leiter
Desmond Llewelyn : «Q»
Bernard Lee : «M»

Octopussy (1983) – L’histoire : 

James Bond est chargé d’enquêter sur la mort de l’agent 009 en mission en Allemagne de l’Est. Ce dernier avait en sa possession un œuf de Fabergé, un bijou très rare appartenant à la collection du star. L’Oeuf se révèle être un faux alors que le vrai est mis aux enchères et acheté par un certain Prince Kamal. Bond suit Kamal en Inde et, grâce à un micro caché dans l’oeuf, il apprend que le prince, le général russe Orlov et la mystérieuse Octopussy sont les instigateurs du vol des bijoux du tsar, qu’ils remplacent petit à petit par des faux. Le trésor doit passer de l’Est à l’Ouest dans le train du cirque que dirige Octopussy. A Berlin-Est, Bond découvre vite que Kamal est à la solde du général Orlov qui, agissant pour son propre compte, remplace les bijoux par une bombe nucléaire. L’explosion, devrait amener les alliés à un désarmement nucléaire de leurs bases de l’O.T.A.N., laissant ainsi les russes seuls possesseurs de l’arme nucléaire…

Les aventures de James Bond par Ian Fleming

L’Histoire de Ian Fleming :

Ian Lancester Flemmin est né le 28 Mai 1908 à Mayfair en Grande-Bretagne, au sein d’une famille de banquiers aisés. C’est un élève moyen au collège d’Eton mais il est primé par deux fois à un championnat d’athlétisme. Ian passe ensuite plusieurs années à l’étranger d’où il revient parlant couramment le français, l’allemand et le russe.

Sa mère le fait engager par l’Agence de presse Reuter grâce à laquelle il obtient son premier reportage, à Moscou, d’où il rapporte…un autographe de Staline : “Navré de ne pouvoir vous recevoir”. En 1933, il quitte Reuter et, semblant renoncer à ses ambitions de jeunesse, s’installe comme agent de change.

A partir de Juillet 1939, le lieutenant de réserve Fleming devient l’adjoint de l’Amiral Godfrey, chef du service de Renseignement de l’Amirauté. Il est fasciné par le monde souterrain du Bureau d’Organisation Spécial, où on ne parle que d’aller assassiner Hitler ou de faire sauter les portes de fer sur le Danube.

En juin 1941, Fleming accompagne Godfray dans une mission aux Etat-Unis. Il peut visiter les laboratoires du F.B.I., rencontrer le maître américain du sabotage, Willianm Stephenson, et découvrir le matériel et les gadgets imaginés par le Service de Renseignements. Lorsqu’il quitte Washington, il emporte avec lui un cadeau du général Donovan : un révolver de police, le Colt .38, avec l’inscription “Pour services spéciaux”. “L’ennui, dit Stephenson, c’est qu’il n’avait pas le tempérament d’un agent ou d’un véritable homme d’action, il avait trop d’imagination…”

Démobilisé le 10 Novembre 1945, Ian Fleming accepte le poste du Service des Informations Étrangères du groupe de presse de Lord Kemsley, tout en se réservant immuablement les mois de janvier et février dans sa maison de la Jamaïque, Goldeneye. C’est là que naît James Bond, un matin de janvier 1952, Fleming va avoir 44 ans et il prépare son mariage avec l’ex Lady O’Neill. Le nom de son héros est celui d’un ornithologue, auteur du livre “Oiseaux des Indes Occidentales”, qu’il aime feuilleter pendant ses loisirs. Sans notes préparatoires ni brouillons, il se met à sa machine à écrire :

“L’odeur d’un casino, mélange de fumée et de sueur, devient nauséabonde à trois heures du matin. L’usure  nerveuse causée par le jeu – complexe de rapacité, de peur et de tension – se fait insupportable ;  les sens se réveillent et se révoltent…”

Le livre “Casino Royale” est terminé le 18 mars 1952 et parait le 13 Avril 1953. Les 4750 exemplaires vendus représentent un début prometteur. Mais les éditeurs américains le refusent car “il y a là-dedans trop de mélodrame, de violence et de sang.”

Fleming a maintenant en tête le sujet et le titre de son deuxième roman : “Vivre et Laisser Mourir”. En 1953, il passe une quinzaine de jours à bord de la Calypso où il va acquérir auprès du Commandant Cousteau les connaissances  qui lui seront utiles pour ce deuxième roman et vraisemblablement plus tard pour “Opération Tonnerre”.

En 1954, un troisième roman est prêt : “Moonraker” (Entourloupe dans l’Azimut). Un éditeur aux U.S.A., des propositions d’éditions en livre de poche, et d’émissions T.V. viennent soutenir la fatigue de Fleming qui souffre d’insomnie et d’une sciatique.

Un slogan publicitaire vu dans “Vogue”, “A Diamond is Forever”, lui fournit l’idée de la quatrième aventure des Bond, “Les diamants sont éternels”, dans laquelle il pense être allé jusqu’au bout de ses possibilités. Après ce livre, il ne veut plus imaginer qu’une seule aventure dans laquelle le SMERSH tuerait James Bond. Les compliments de Raymond Chandler arrivent à temps pour que Fleming renonce à se débarrasser de sa créature, et deux coups de pub vont rendre Bond et son auteur célèbres dans le monde entier :  “Goldeneye” est assiégé de reporters quand le premier ministre de Grande-Bretagne, Anthony Eden, y vient en villégiature et “Bon Baisers de Russie” est en 9ème position dans la liste des livres préférés du Président des U.S.A, John Kennedy.

En 1957, Ian Fleming rencontre un jeune cinéaste anglais, Kevin Mc Clory, et un multi-millionnaire, Bryce. Leur association pour produire un film ; “James Bond Agent secret ” est finalement remis en question”.

Après la sortie en 1959 de “Goldfinger”, pendant l’été 1960, Fleming se remettant d’une crise cardiaque, apprend que producteur canadien Harry Saltzman associé à Albert Broccoli ont l’intention de produire “Dr No”. Le contrat signé, il restait à trouver le James Bond idéal. Un concours est organisé par le Daily Express qui reçoit 1100 réponses. Mais aucune n’est retenue. Fleming écrit à propos de Sean Connnery : “Saltzman pense avoir déniché le merle blanc, un acteur shakespearien d’une trentaine d’années, ex-champion de boxe de la marine et même, assure-t-il, intelligent”. Fleming va continuer d’écrire jusqu’au bout. Il n’eût pas la force de retravailler “L’homme au Pistolet d’or”.

Le film “Dr. No” sort à l’automne 1961 et obtient un énorme succès. Ian Fleming meurt le 13 aout 1964 à l’âge de 56 ans. Ian Fleming a écrit quatorze volumes des aventures de James Bond qui ont toutes été portées au grand écran. Après sa mort, la maison d’édition familiale Ian Fleming Publications recruta des auteurs britanniques pour écrire 29 autres romans de la série James Bond.

Liste des romans de Ian Fleming : 

1953 : Casino Royale, (Espions, faites vos jeux)
1954 : Live and Let Die, (Vivre et laisser mourir)
1955 : Moonraker, (Entourloupe dans l’azimut)
1956 : Diamonds Are Forever, (Les diamants sont éternels)
1957 : From Russia With Love, (Bons baisers de Russie)
1958 : Dr. No, (James Bond contre Dr No)
1959 : Goldfinger, (Opération Chloroforme)
1960 : For Your Eyes Only, (Bons baisers de Paris) [Plon, 1962]
1961 : Thunderball, (Opération Tonnerre)
1962 : The Spy Who Loved Me, (Motel 007)
1963 : On Her Majesty’s Secret Service, (Au service secret de Sa Majesté)
1964 : You Only Live Twice, (On ne vit que deux fois)
1965 : The Man With The Golden Gun, (L’Homme au pistolet d’or)
1966 : Octopussy and the Living daylights, (Meilleurs vœux de la Jamaïque)

Voir sur YouTube : “Jamais plus jamais (1983) bande annonce” par imineo Bandes Annonces ; “Thunderball (Opération Tonnerre) – Bande annonce [1965]” par Cine Magistral ; “Octopussy (1983) bande annonce” par imineo Bandes Annonces

https://www.youtube.com/watch?v=tWefarnSpwU

https://www.youtube.com/watch?v=f4W542FLLxQ

Livre & Film – La soupe aux choux (1981)

Le livre : 

René Fallet est un écrivain parfois très “rabelaisien” qui, en son temps (1927-83), irritait les petites habitudes bourgeoises en brossant de sa plume le portrait de personnages hauts en couleurs. Mais les anti-héros citadins ou campagnards qu’il décrivait, notamment dans La Soupe aux choux, étaient beaucoup plus profonds qu’en apparence. Fallet dans sa vie privée fréquentait Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré, chanteurs et humanistes bons vivants. La soupe aux choux est une satire sociale, où l’auteur soulève les problématiques de son époque (qui sont toujours valables aujourd’hui), notamment la disparition des petites professions humbles pour faire la place à une société de consommation déshumanisée allant de pair avec l’émergence de centres commerciaux zombifiés et de parcs d’attractions de plus en plus débiles. Le Glaude et le Cicisse n’acceptent pas de s’adapter au monde moderne de “l’expansion économique” et de l’hygiénisme (autant sanitaire qu’alimentaire) et de ce fait, deviennent d’authentiques résistants. L’extra-terrestre dans cette histoire, est au départ à l’opposé de ce sympathique duo d’originaux éthylisés et flatulents mais il finira par les embarquer avec eux, pour prêcher la bonne parole de la soupe aux choux, du “ch’ti canon” et de l’amitié à sa civilisation, qu’il sauvera ainsi de la déprime.

La soupe aux choux – René Fallet (1980)

L’histoire : 

Deux vieux paysans, deux amis, le Cicisse Chérasse et le Glaude Ratinier, achèvent modestement leur existence aux confins d’un village bourbonnais en voie de disparition. Une nuit, une soucoupe volante se pose dans le champ de Glaude. Un extra-terrestre en sort, que le Glaude appellera “la Denrée”. La Denrée vit dans un austère astéroïde où les notions de superflu sont inconnues. L’absorption d’une assiettée de soupe aux choux va plonger le voyageur interstellaire dans un tout autre monde, celui du plaisir de vivre, celui aussi de l’amitié. Et ce sera la révolution sur sa planète. Quant au Cicisse et au Glaude, ils éviterons l’hospice grâce à leur copain la Denrée!

Extraits du livre de René Fallet : 

“La soupe aux choux mon Blaise, ça parfume jusqu’au trognon, ça fait du bien partout où qu’elle passe dans les boyaux. Ça tient au corps, ça vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux qu’t’y dise : ça rend meilleur.” 

“Malgré ou grâce à leur régime de bec salé, les deux voisins se portaient comme les veaux dans les prés et ne connaissaient que de vue le docteur de Jaligny, pour l’avoir rencontré au marché de cet aimable chef-lieu de canton. S’ils ressentaient parfois une aigreur d’estomac, ils s’accordaient pour en accuser la qualité du pain, qui n’était plus celle qu’ils avaient connue. Ils s’étaient de même entendus pour serrer dans leur cave voûtée un tonneau de vin différent, ce qui variait leur menu et leur permettait de froncer malignement un sourcil pour qu’en tiquât des deux le propriétaire du nanan. Le Glaude se fournissait auprès du marchand de vins de Vaumas, le Bombé honorait de sa pratique celui de Sorbier.”

“Ils fumaient, sans soupçonner que des crabes cancérigènes étaient tapis au fond de leur paquet de gris. Ils roulaient leurs cigarettes, les allumaient avec des briquets qu’ils emplissaient de mélange pour vélomoteur.”

“Malgré leurs apparences bourrues, ils se souciaient fort de leurs santés respectives. La mort de l’un aurait signé celle de l’autre, le survivant étant assuré de périr de mélancolie dans les mois qui suivraient. On ne trinque pas tout seul. On boit sans amitié, sans rien, comme une vache, et ça, ça oui, c’est mauvais, si mauvais qu’il n’y a même pas plus mauvais au corps. Si le Bombé toussait, le Glaude s’alarmait.”

“Ma pauvre défunte, expliquait Le Glaude, elle buvait point, elle fumait point, n’empêche qu’elle est en terre bien enfoncée. C’est toutes les pastilles, les sirops, les drogues du pharmacien qui me l’ont ratiboisée. Elle s’en est fourré des kilos dans le coco, de leurs denrées. Des pleines lessiveuses. Résultat: le pré carré !”

Le film : 

Même si le Film, sorti en 1981 et réalisé par Jean Girault, reprend de nombreux dialogues du livre de Fallet, il est franchement plus burlesque et délirant, l’ouvrage étant plutôt plutôt une ode poignante à la France rurale en voie de disparition d’après la Seconde guerre mondiale. Les acteurs principaux sont Louis de Funès (Le Glaude), Jean Carmet (Le Bombé ou Cicisse) et Jacques Villeret (La Denrée). C’est l’avant dernier film de Louis de Funès qui décèdera un an plus tard à l’âge de 68 ans.

Voir sur YouTube :  “La Soupe aux choux (1981) – Bande-annonce” par CineComedies Bandes-annonces

Film & Livre – Le grand blond avec une chaussure noire (1972)

Le film : 

Le Grand Blond avec une chaussure noire est un film du réalisateur Yves Robert, déjà connu dans le domaine de la comédie populaire pour son long métrage à succès “Alexandre le bienheureux” sorti en 1967, dans lequel Pierre Richard avait obtenu son premier rôle notable. Ce film dont l’inoubliable générique de Vladimir Cosma est interprété à la flûte de pan par le musicien Gheorghe Zamfir, est resté au sommet du panthéon des comédies hexagonales. Il a été récompensé par l’Ours d’argent au 23e Festival international du film de Berlin en 1973. Un remake américain “The man with the Red Shoe” réalisé par Stan Dragoti, fut tourné en 1985 avec Tom Hanks comme protagoniste.

L’histoire : 

La direction des services secrets français est en guerre interne : l’actuel chef, Toulouse (Jean Rochefort) flanqué de son fidèle Perrache (Paul le Person), est mis en cause par son adjoint, le colonel Bernard Milan (Bertrand Blier) dans une affaire d’agent double. Celui-ci convoite son poste de directeur des services secret et pense utiliser cet incident pour l’écarter. Pour se protéger, et faire simultanément tomber Milan, Toulouse élabore un plan tordu : il demande à Perrache, de choisir un pigeon dans la foule de l’aéroport d’Orly et de faire croire à Milan qu’il s’agit d’un redoutable agent secret, tenu jusqu’alors anonyme. Le pigeon trouvé par Perrache est un jeune violoniste étourdi, François Perrin (Pierre Richard), choisi à l’arrivé de son vol parce qu’il portait des chaussures de couleurs dépareillées. Milan se fait prendre au “piège à con” de Toulouse. Perrin est dès lors en permanence traqué, observé et écouté à son insu par les hommes de Milan, qui se mettent à interpréter chacun de ses faits et gestes, qui sont souvent maladroits ou anodins, comme faire du vélo avec son meilleur ami Maurice (Jean Carmet) ou coucher accessoirement avec sa femme Paulette (Colette Castel). Pour corser le tout, deux agents de Toulouse, Poucet (Jean Saudray) et Chaperon (Maurice Barrier), surveillent le spectacle. Poussé à bout, Milan décide de faire intervenir son agent d’élite, Christine (Mireille Darc) une superbe blonde chargée de séduire le violoniste et de l’amener à se trahir…

Le grand blond avec une chaussure noire est (très librement) inspiré d’un livre autobiographique de Igal Shamir : « La Cinquième Corde» (1971).

Igal SHAMIR, est né à Tel-Aviv en 1938, de parents émigrés. Attiré par la musique dès l’âge de 5 ans, Igal Shamir prend des cours de musique avec un professeur d’origine russe. À 8 ans, il donne son premier concert en public. Repéré par Yehudi Menuhin, il obtient, en 1958, une bourse au conservatoire Royal de Belgique. Prix du conservatoire de Bruxelles et de Genève, il poursuit sa carrière d’interprète classique sur les scènes internationales. Dans les années 1970, il signe des enregistrements chez RCA et CBS.

Igal Shamir a aussi été pilote dans l’armée israélienne. Devenu violoniste de renommée internationale, ses succès ont fait de lui le précurseur de la musique néo-classique dans le domaine populaire.

“J’ai un jeu très personnel, très vigoureux: il y a de l’école russe mais aussi du pilote de chasse”, souligne Igal Shamir. En Suisse, le jeune homme fait vite fortune dans le négoce du café et du cacao et rencontre Georges Simenon qui l’encourage à écrire. “Je lui ai dit que mon vocabulaire tournait autour de 200 mots. Alors Simenon m’a dit: “J’ai mis 40 ans pour arriver à écrire avec 200 mots, vous les avez déjà, vous avez un avantage sur moi !”

Il arrive à Paris en 1968 sous les pavés. De rencontre en rencontre, il va devenir un familier des Pompidou. Il évolue dans le monde des affaires entre la France et la Suisse et acquiert une réputation sulfureuse. Lorsque des journalistes de Paris-Match le contactent, Shamir se dit que le seul moyen pour éviter les racontars sur sa vie de “violoniste espion”, est d’écrire son autobiographie. Shamir rédige ses mémoires sous le titre « La Cinquième Corde» et trouve un éditeur. Hélas, le manuscrit est impubliable en l’état. L’éditeur confie le manuscrit, pour le rewriter, à un ex-prix Goncourt, mais le résultat n’est pas plus satisfaisant. Alors Shamir téléphone à Simenon qui l’adresse à son éditeur (Les Presses de la Cité). Ils sont d’accord à condition qu’il soit réécrit par un pro de la maison. Le livre marche, mais Shamir ne l’apprécie pas car pour lui, c’est du polar bon marché. La Paramount souhaite acheter les droits du livre «La Cinquième Corde» pour en faire un James Bond. Mais Shamir refuse de signer, au grand dam de son éditeur qui perd beaucoup d’argent. Plus tard, l’éditeur cède les droits du livre à condition que le titre soit changé. Au bout du compte, il en sort un film comique «Le Grand Blond avec une chaussure noire», expurgé de tous les souvenirs tragiques, avec Pierre Richard dans le rôle de Shamir.

Voir sur YouTube : “Le grand blond avec une chaussure noire – Bande annonce” par Gaumont

https://www.youtube.com/watch?v=8UsdFo6geb8

Film – Il était une fois la révolution (1972)

Le film :

Au Mexique, en 1913, Juan Miranda (Rod Steiger), un pilleur de diligences, s’associe avec Sean Mallory (James Coburn), un révolutionnaire irlandais ancien activiste de l’IRA et spécialiste en explosifs qui est recherché par les Britanniques. Juan tente de le convaincre de s’associer avec lui pour dévaliser la banque de Mesa Verde. Mais l’Irlandais préfère s’attaquer à une mine d’or avant de rejoindre l’armée révolutionnaire de Pancho Villa. Juan ira jusqu’à la dynamiter afin de forcer son compagnon à le suivre. Dans le train qui les conduit vers Mesa Verde, Miranda, démasqué par la police, est secouru par le docteur Villega, un partisan de Pancho Villa…

Le western Zapata :

Dès 1966, Damiano Damiani avait avec El Chuncho lancé le western Zapata, le western politique italien. Basé sur le thème de la révolution mexicaine, de l’exploitation des péons par les grands propriétaires, c’est aussi une réflexion sur l’utilisation de la violence par les masses. L’intrigue du western Zapata est souvent la même : un trésor, stock d’armes ou lingots d’or, à l’origine prévu pour financer la révolution mexicaine est convoité par des personnages aux motivations différentes qui vont essayer de s’en emparer moyennant alliances et contre-alliances motivées par l’appât du gain. Chaque personnage incarne une position politique. Il y a celui qui vient d’un pays occidental, un irlandais dans Il était une fois la révolution, un suédois dans campaneros, un américain dans El Chuncho, un polonais dans El mercenario. Il vient d’un monde riche et s’immisce dans la révolution. Il a pour alter ego le péon.

Ce film est le second volet de la trilogie des “Il était une fois…”, un brillant condensé de tout ce qui fait l’explosive vigueur du cinéma de Sergio Leone. Porté par les interprétations de James Coburn et Rod Steiger, ce film est un regard désabusé sur l’action révolutionnaire. A l’origine, Leone devait uniquement produire et scénariser le film. « J’en ai assez des westerns, je suis allergique aux chevaux » avait-il déclaré après le succès de Il était une fois dans l’Ouest. Mais le réalisateur Américain Peter Bogdanovitch, mascotte du Nouvel Hollywood fut très vite écarté par le maître italien, car sa vision était trop classique ; puis ce fut au tour de Sam Peckinpah ; les acteurs, perdant patience (notamment l’intraitable Rod Steiger), ils exigèrent que Leone assure la réalisation en personne ; il céda. Son film est parfois violent, mais porté par un tandem d’acteurs fabuleux : Rod Steiger (que Leone détestait) et James Coburn (qu’il adorait). Le film fut mal accueilli par la critique, comme souvent ce fut le cas pour le cinéma de Leone. Mais il est maintenant devenu un film culte.

Adieu Zapata, bonjour les fayots :

Ce film est le chant du cygne du wester Zapata. Dès 1970, les illusions révolutionnaires tombent et font place au “western fayot” avec la série Trinita incarnée par Terence Hill qui génère malgré lui le « western fayot », où tous les mythes de l’Ouest sont désacralisés dans une optique parodique et burlesque. Dans “On l’appelle Trinita”, Spencer, le shérif, est ronchon et dur, mais sa rudesse ressemble à celle d’un gros ours de BD. Terence Hill, qui incarne son frère, est un aventurier, un tireur exceptionnel qui sait se battre mais est plutôt paresseux de nature. Cette association fonctionnera à merveille puisque le tandem Spencer/Hill deviendra durant la suite des années 70, l’argument de vente d’une dizaine de westerns parodiques du même tonneau qui participeront au rayonnement de ce genre.

C’est aussi le chant du cygne de la révolution de la fin des années 60. Dans Il était une fois la révolution, Leone laisse percer sa déception au sujet de la révolution. C’est la scène culte de dispute entre Juan et Sean au sujet de la lucidité politique : Sean se trompe, la révolution sera toujours récupérée par les puissants. Un tel message choque les communistes italiens qui refusent que le film s’appelle Il était une fois la révolution. Leone le renomme ainsi Giù la testa (courbe l’échine). Aux USA, le titre devient Duck you sucker (Planque-toi connard) et, en Angleterre, A Fistful of Dynamite (Une poignée de dynamite). Seule la France garde le titre que Leone avait adopté au départ.

Voir sur YouTube : “Il était une fois la révolution (1972) bande annonce” par imineo Bandes Annonces

Film – L’armée des douze singes (1995)

L’ambitieux film “L’armée des 12 singes” de Terry Gilliam a été co-écrit par David Peoples, qui est le scénariste de “Blade Runner”. Ce monde là, où tout est désolation, rouille et ruine, n’est pas sans rappeler le film Brazil du même réalisateur. L’histoire commence dans un futur proche, en 2035 et le protagoniste est un voyageur temporel essayant de sauver le monde d’un virus mortel.

Le voyageur, un certain Cole (Bruce Willis), est un prisonnier qui vit dans des conditions sordides avec une poignée d’autres survivants humains enfermés dans un abri souterrain aux mains de scientifiques sans scrupules. La surface de la planète a été récupérée par les animaux, après la mort de 5 milliards de personnes pendant la grande pandémie virale létale de 1996.

Cole est arraché de sa cage et envoyé en surface par les dirigeants de ce domaine, qui espèrent apprendre assez sur ce virus pour le vaincre. Plus tard, il est choisi pour une mission plus cruciale: il doit voyager dans le temps et rassembler des informations sur le virus avant qu’il n’ait muté, et s’il mène sa mission à bien, il sera libre. Le film ne prévoit aucun espoir qu’il puisse «l’intercepter» avant qu’il ne sévisse: de son point de vue, la maladie est déjà arrivé, et ainsi les scientifiques cherchent le traitement, pas la prévention. Cole débarque trop tôt, en 1990. Il est jeté en prison, interné et on lui assigne une psychiatre, le Dr Kathryn Railly (Madeleine Stowe). L’erreur est corrigée, Il est localisé et ramené dans son présent par l’équipe de savants, puis après une nouvelle erreur d’aiguillage temporel, il se retrouve enfin en 1996, quelques semaines avant que n’éclate l’épidémie qui doit détruire presque toute l’humanité. Là, il kidnappe la psy qui le pense délirant quand il soutient être un visiteur de l’avenir (“Vous comprendrez que je ne suis pas fou quand les gens commenceront à mourir le mois prochain”) parce qu’il a besoin d’aide pour trouver “l’armée des 12 singes” à Philadelphie. Ils sont supposés détenir le virus sous sa forme “pure” avant qu’il ne se transforme, plus tard cette année, en un tueur d’humains .

Cole découvre qu’un des malades mentaux, Jeffrey Goines (Brad Pitt), qu’il a rencontré en 1990, est un activiste des droits des animaux dont le père (Christopher Plummer) possède un laboratoire qui peut potentiellement héberger le virus mortel. Jeffrey veut-il déchaîner le virus sur terre, afin que la terre revienne aux animaux? Il peut aussi s’agir de son père, ou un autre membre de l’équipe, notamment l’adjoint du patron. . .

Tout cela est juste l’assemblage de l’intrigue. Le décor ressemble d’ailleurs à une associations d’éléments épars piochés au 20ème siècle. Les scientifiques travaillent encore dans des laboratoires qui ressemblent à ceux que l’on trouve imprimé sur ces vieilles cartes postales sépias représentant les installations désuètes des premiers inventeurs. Des tueurs sont lancés à la poursuite de Cole et de Railly et il y a beaucoup de combats sanglants. Peu à peu la psychiatre en vient à croire, après la vérifications d’une série de prédictions précises de son patient, qu’il vient réellement du futur.

Ce film n’est pas, un simple thriller d’anticipation. Une grande partie de son intérêt provient de la nature du personnage de Cole. Il est simple, confus, mal informé, épuisé et traversé par des sentiments de trahison. Il y a aussi un autre facteur, une allusion perceptible dès la première image du film et confirmée à sa clôture : Cole a peut-être déjà été témoin de la fin de l’histoire.

L’intrigue de ce film, si vous le suivez de près, implique un paradoxe temporel. Presque tous les films de voyage dans le temps font cela. Mais au fond, c’est peu important. Ce qui est intéressant dans le film, c’est la façon dont Gilliam, ses assistants et ses comédiens créent un univers aliéné et paranoïaque qui est contenu dans seulement 130 minutes d’action. Du Terry Gilliam pur jus.

Le scénario de “L’armée des 12 singes” installe une solide relation entre Cole et Railly qui campe les rares moments de stabilité du film. Mais pour le reste, Gilliam rend la folie contagieuse : Le personnage de Brad Pitt, crachant des visions compulsives de paranoïa et de terreur, a une influence puissante sur l’histoire, suggérant que la logique ne peut pas résoudre les problèmes posés par l’intrigue du film. D’autres personnages – ceux en charge du monde futur souterrain, ainsi que les conspirateurs autour du personnage de Plummer – se comportent comme des êtres émanant d’un récit fantasmé par H.G. Wells. La photographie bizarre avec des plan inclinés et l’utilisation de prise de vues en champ élargi, associées à la confusion ainsi qu’à l’épuisement de Cole finissent par nous gagner et comme lui, nous sommes alors transportés à travers le temps, flirtons avec la folie, et finissons par chuter lourdement sur le béton de la réalité qui est des plus sombre.

Voir sur YouTube : “Armee des 12 Singes – Bande Annonce – VF” par TamalaNeko

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