Disque – Getz/Gilberto (Bossa Nova, 1963)

Stan Getz (1927-1991) est considéré comme l’un des plus grands joueurs de saxophone ténor. Sa sonorité feutrée, lissée, douce et aérienne, la fraîcheur de son invention mélodique en firent le premier des “Brothers”, ces jeunes saxophonistes blancs qui, au lendemain de la guerre, vouaient un culte exclusif au grand Lester Young. Par la suite, Stan Getz sut évoluer sans renier son style, vers une expression plus universelle, alliant la tendresse à la véhémence. Avec cet album sorti en 1963, la Bossa Nova fit de Geatz une vedette universelle. Il faut convenir que sa sonorité et le charme de son discours mélodique s’accordent à merveille aux rythmes brésiliens, surtout lorsque se joignent à lui Jao Gilberto, guitariste et chanteur, le pianiste Atonio Carlos Jobim, et la soeur de ce dernier, la vocaliste Astrud. Pour The girl of Ipanema, Desafinado, Coronado, Se danco Samba…

La Bossa-Nova et João Gilberto : 

La bossa nova est née à Rio de Janeiro, alors capitale du Brésil, durant une période de croissance économique et de stabilité politique où l’optimisme était de mise. Elle fut inventée à la fin des années 1950 par un groupe composé principalement du compositeur Antônio Carlos Jobim (également connu sous le nom artistique de Tom Jobim), du chanteur et guitariste João Gilberto, et du poète Vinícius de Moraes. Elle est la réponse aux attentes musicales des jeunes des classes moyennes de Rio de Janeiro. Ceux-ci sont à la recherche de modernité, d’une nouvelle manière d’interpréter les chansons, d’une musique plus épurée, de paroles optimistes qui reflètent leurs aspirations. Ils apprécient la musique nord-américaine, en particulier les disques de Frank Sinatra. Ils rejettent les formes musicales brésiliennes traditionnelles telles que les sambas de type carnaval avec une utilisation massive des percussions et les samba-canção, similaires aux boléros hispano-américains, offrant des compositions simples, une harmonie standard, des voix douces et des textes sentimentaux, fréquemment mélodramatiques.

Les musiciens de bossa nova font partie de la classe moyenne de Rio qui fréquente les clubs de jazz et est influencée par la musique et le cinéma nord-américains. Les paroles des chansons de la bossa nova traitent de thèmes légers comme l’amour, les plages de Rio, ou la beauté des femmes brésiliennes.

L’impact de la bossa nova sur la musique mondiale ne s’arrête pas seulement à un nouveau genre musical. La bossa nova a influencé durablement le jazz, la musique populaire nord-américaine, la chanson européenne et la musique de film.

De la Bossa Nova à la Musique Populaire Brésilienne :

Au moment où le coup d’État de 1964 instaure la dictature militaire, la Bossa Nova stricto sensu prend fin au Brésil. Une nouvelle génération d’artistes brésiliens, surnommée la «seconde génération de la bossa nova», et dont font partie des artistes tels que Edu Lobo, Maria Bethânia, Gilberto Gil, Caetano Veloso et Chico Buarque, œuvre à transformer la bossa nova pour qu’elle soit plus en phase avec la réalité politique et sociale du Brésil et qu’elle incorpore d’autres styles musicaux populaires brésiliens comme la Samba de Bahia, le Choro ou la Modinha. Plusieurs créateurs historiques de la Bossa Nova, à l’instar de Carlos Lyra et de Vinícius de Moraes, rejoignent ce mouvement qui prend le nom de MPB (« Musique Populaire Brésilienne »).

Getz/Gilberto : fut enregistré en 1963 par le saxophoniste américain Stan Getz et le guitariste et chanteur brésilien João Gilberto, avec la participation du pianiste et compositeur Antônio Carlos Jobim. Il sort après Jazz Samba et Jazz samba Encore de Stan Getz. Il a connu un grand succès international particulièrement aux États-Unis. Les morceaux The Girl from Ipanema et Corcovado chantés par Astrud Gilberto sont devenus des standards du jazz. L’album a remporté le Grammy Award du meilleur album en 1965, et The Girl from Ipanema le prix du meilleur enregistrement de l’année.

Il a été enregistré les 18 et 19 mars 1963 à New York par l’ingénieur du son Phil Ramone et produit par Creed Taylor sur le label Verve Records. Antonio Carlos Jobim enregistre peu de temps après et sur le même label The composer of Desafinado, plays. Un second album Getz/Gilberto vol.2 paraît en 1966.

En 2015, à l’occasion du Record Store Day, paraît l’album Selections from Getz/Gilberto 76 qui contient quatre pistes inédites tirées d’un concert enregistré à San Francisco en 1976 et réunissant les deux artistes éponymes. Le magazine Rolling Stone le place en 2012 en 447e position de son classement des 500 plus grands albums de tous les temps. Il est également cité dans l’ouvrage de référence de Robert Dimery Les 1001 albums qu’il faut avoir écoutés dans sa vie.

Voir sur YouTube : Stan Getz feat. Astrud Gilberto – The Girl From Ipanema (Official Video)