Livre SF – Vernor Vinge – La captive du temps perdu (1986)

Dans ce roman, Vernor Vinge imagine une machine qui peut créer un champ de stase sphérique dans lequel le temps reste immobile pour une durée spécifiée de temps conventionnel, ce qui permet de voyager vers le futur mais sans espoir de retour. La bulle de stase, grâce à laquelle l’humain devient quasiment immortel, peut également être utilisé comme arme, comme bouclier contre d’autres armes, pour le stockage, pour le voyage spatial (combiné avec la propulsion à impulsions nucléaires) entre autres possibilités…

Vernor Vinge : 

Vernor Steffen Vinge, né le 2 octobre 1944 à Waukesha dans le Wisconsin, est un écrivain de science-fiction américain, surtout connu pour son roman “Un feu sur l’abîme” et son essai de 1993 sur la singularité technologique (ou singularité vingienne). La théorie de la singularité technologique émet l’hypothèse que l’évolution exponentielle de la technologie informatique atteindra bientôt un point au-delà duquel il ne nous sera plus possible de l’appréhender. Cette théorie est basée sur la loi de Moore qui postule un doublement de la puissance de calcul des ordinateurs tous les 18 mois. En extrapolant, il apparaît qu’en 2035 au plus tard, l’homme aura créé une intelligence supérieure à la sienne mettant ainsi fin à l’ère humaine. Vernor Vinge a également été professeur d’informatique et de mathématique à l’Université d’État de San Diego. Vernor Vinge a obtenu le prix Hugo de l’an 2000 pour son roman “A Deepness in the Sky”. II l’avait déjà reçu en 1973 pour “Un feu sur l’abîme”.

Vernor Vinge – Marooned in Realtime (1986)

Le livre : 

Le roman “La captive du temps perdu” (Marooned in Realtime) de Vernor Vinge a été publié pour la première fois en 1986 dans le magazine “Analog” et ensuite en tant que livre. C’est la suite de “The Peace War” non édité en français. “La captive du temps perdu” est paru en France aux éditions L’Atalante dans la collection Bibliothèque de l’évasion en 1996 et réédité aux éditions Le Livre de poche en 2000. Il a remporté le prix Prometheus.

L’histoire : 

Au début du 23ème siècle, pour des raisons mystérieuses, – épidémies, guerres, ou un phénomène baptisé par Vinge la “Singularité” – l’humanité tout entière a disparu et il ne reste plus que trois cents humains sur Terre qui ont échappé à cette extinction grâce aux bulles de stase. Celles-ci sont sphériques, de tailles variables et absolument indestructibles. Elles isolent ce qui se trouve à l’intérieur du cours même du temps, ce qui en fait des moyens de transport efficaces vers le futur seulement. Le problème majeur de la plupart de ces voyageurs à sens unique n’est pas des moindres : lorsque leur stase s’est terminée, ils se sont trouvés piégés après la disparition de l’humanité, certains sans ressources. Les survivants ont été rassemblés tant bien que mal au fil du temps par deux néo-tech, Yelen et Marta Korolev, au fur et à mesure que leur bulle temporelle ont cessé leur stase.

Les humains rescapés se divisent en deux groupes : les paléo-techs et les néo-techs. Les premiers sont les plus anciens voyageurs temporels. Leur technologie est relativement primitive et certains d’entre eux viennent d’une société libertarienne. Les seconds, des personnes qui ont vécu les dernières décennies avant l’extinction, sont beaucoup mieux équipés mais sont très peu nombreux, environ une dizaine.

Au moment de démarrer une nouvelle stase vers le futur lointain pour accueillir le dernier groupe de survivants, Martha Korolev est éveillée prématurément : l’ordinateur qui gère son système a été saboté et elle est livrée à l’écoulement du temps «normal» alors que tous les autres humains se trouvent en état de stase, sans vieillir. Elle se retrouve naufragée temporelle sur une Terre sauvage où, sans équipement, elle ne survivra qu’une quarantaine d’année dans une solitude absolue, à côté des autres bulles de stase inaccessibles.

Wil Brierson, paléo-tech policier shangaïé (stasé contre son gré) par quelqu’un qu’il s’apprêtait à démasquer dans une de ses enquêtes, est chargé de trouver le coupable avec l’aide de Della Lu, mais il ne dispose pour cela que du journal intime tenu par Marta…

Un beau livre étrange et captivant, écrit par un des maîtres de la SF.

Vernor Vinge – La captive du temps perdu

Deux extraits du livre : 

“Dans un sens, presque tous les invités étaient des exilés. Certains avaient été shangaïés, d’autres avaient sauté dans l’avenir pour fuir une peine (méritée ou non), d’autres (comme les Dasgupta) avaient cru devenir riches en s’affranchissant du temps durant deux ou trois siècles, pendant que leurs investissements fructifiaient… Dans l’ensemble, les sauts initiaux avaient été brefs – et tous réintégrèrent la temporalité aux XXIVe, XXVe et XXVIe siècles.
Mais quelque part au cours du XXIIIe siècle, l’humanité avait disparu. Les voyageurs revenus juste après l’Extinction ne trouvèrent que des ruines. Certains – les plus insouciants ou les criminels partis précipitamment – n’avaient rien emporté avec eux. Ils souffrirent de la faim ou vécurent quelques pitoyables années sur la Terre devenue un mausolée en pleine décrépitude. Les mieux équipés – comme les Néo-Mexicains – avaient les moyens de retourner en stase. Ils lancèrent leur bulle à travers le troisième millénaire, priant pour y trouver une civilisation renaissante. Ils ne découvrirent qu’un monde rendu à la nature, l’œuvre des hommes ensevelie sous la jungle, la forêt et la mer.
Même eux n’auraient pu survivre que quelques années dans la temporalité. Ils n’avaient ni combiné médical ni les capacités d’entretenir leurs machines ou de conserver leurs réserves alimentaires. Tôt ou tard, leurs équipements seraient tombés en panne, les abandonnant dans une nature redevenue sauvage.
Mais quelques voyageurs, très peu, étaient partis à la fin du XXIIe siècle – une époque où la technologie procurait à tout un chacun des ressources supérieures à celles de toutes les nations du XXe siècle réunies. Ils savaient entretenir et fabriquer quasiment tous leurs instruments les plus perfectionnés. La plupart avaient quitté la civilisation animés d’un authentique esprit d’aventure. Ils avaient les moyens de venir en aide aux voyageurs les moins chanceux dispersés à travers les siècles, les millénaires, et enfin les millions d’années qui s’écoulèrent”.

“Tandis que Wil flânait dans la forêt qui avait envahi la rue, l’étrangeté de la scène s’imposa graduellement à son esprit : la vie explosait de partout, mais on ne voyait nulle part d’être humain, ni même un simple robot. Les autres s’étaient-ils réveillés plus tôt, au moment précis où la bulle s’ouvrait?
Il partit chez les frères Dasgupta. À demi caché par les broussailles, quelque chose de grand et noir lui barra la route : son propre reflet. Les Dasgupta étaient toujours en stase. Les arbres encerclaient leur bulle. Des toiles aux reflets arc-en-ciel flottaient tout autour, mais sans en toucher la surface. Nulle plante grimpante, nulle araignée ne trouvait de prise sur sa surface polie comme un miroir.
Wil se rua dans la forêt, pris de panique. Maintenant qu’il savait ce qu’il cherchait, il les repérait facilement : le reflet du soleil luisait sur deux, trois, une demi-douzaine de bulles. Seule la sienne s’était ouverte. Il regarda les arbres, les oiseaux et les araignées. Ce spectacle lui devenait beaucoup moins agréable. Combien de temps survivrait-il sans la civilisation ? Le reste de la colonie pouvait sortir de stase dans quelques minutes, quelques centaines, voire quelques milliers d’années ; impossible de le savoir. En attendant, Wil était seul, peut-être l’unique homme vivant sur Terre”.

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